Elle lit

La Pleurante des rues de Prague, de Sylvie Germain

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Car il semblait que quelque chose pleurât en elle, et non pas qu’elle-même versât des larmes. Peut-être bien d’ailleurs n’en versait-elle aucune. L’humide chuchotis sourdait du dedans de son corps, comme si l’inaudible rumeur du sang qui coule dans la chair se fût faite perceptible. Était-ce là le bruit de son cœur ? Était-ce le frémissement interne de sa chair, ou le tremblement de sa peau ? Mais sous l’effet de quelle peine ?

A la recherche de textes se déroulant à Prague ou évoquant cette ville, je suis tombée sur ce court récit de Sylvie Germain, dont je n’avais absolument pas entendu parler, et qui évoque l’apparition ponctuelle, à Prague, d’une femme pleurant.

Qui est cette étrange  vagabonde qui, tel un fantôme, hante les rues de Prague, suivant l’appel que lui lancent les battements de cœur des morts et des vivants ? Qui est cette étrange vagabonde qui a pénétré, comme un peu par effraction, les pages du livre ? Qui est cette inconnue, apparue douze fois ?

Chronique des douze apparitions de la Pleurante, récit imprégné de mystères et de mythes, ce texte est un pur chef-d’oeuvre dont affleure à chaque page une poésie pure. Tout est dans l’évocation diffuse, presque une magie incantatoire, suspendue en état de grâce. Prague, ville magique, hantée par les mythes, le Golem, l’alchimie, la kabbale, Prague, entourée d’une aura mystique et d’une brume épaisse, Prague est ici lieu d’apparition d’une sorte de Juif errant au féminin, incarnation de la douleur humaine, marchant sur un fil ténu entre visible et invisible, présence et absence, passé et présent, mémoire et oubli. La pleurante naît de la souffrance, de la douleur des oubliés, elle l’incarne et la transcende. Elle traverse l’histoire de la Ville marquée du sceau du tragique, de Jan Hus à Terezin et à aujourd’hui. Elle est la mémoire du peuple. Elle prend possession du texte, l’envahit, l’habite — mais n’est-elle pas aussi, elle même, métaphore de l’écrivain ?

Il s’agit là, vraiment, d’un très beau texte, émouvant et bouleversant, mélancolique et réflexif, qui cartographie émotionnellement plus que géographiquement la ville et lui donne une épaisseur empreinte de magie. Un texte poétique, qui ravira les amateurs de mystère…

Lu par Clara

La Pleurante des rues de Prague
Sylvie GERMAIN
Gallimard, 1992 (Folio, 1994/2010)

12 comments on “La Pleurante des rues de Prague, de Sylvie Germain

  1. tu ne pouvais qu’aimer !!!!!

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  2. Je note, ça me donne très envie!

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  3. Vendu ! 😀
    J’adore Prague … Je l’ai vue sous la neige, et c’était juste magique.

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  4. J’aime énormément la plume de cette auteure, je pourrais bien me laisser tenter…

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  5. geraldinecoupsdecoeur

    Il faut absolument que je fasse la connaissance de cette plume !

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