imageJe me doute bien que je n’allégerai pas sa peine en te remettant en scène dans ce livre, en te parlant au présent. C’est pour toi surtout que je le fais, tu le sais. J’ai une dette envers toi, au fond d’un tiroir, une promesse qu’il était temps que je tienne, un cadeau que tu aurais voulu que « j’offre aux gens » de ton vivant. Je n’oublie pas cette demande réitérée à divers moments de ton existence où, toujours absorbé dans mes fictions, je n’étais jamais disponible.

J’ai entendu un grand nombre de fois Didier van Cauwelaert raconter cette histoire, qui me met les larmes aux yeux à chaque fois : celle d’un petit garçon de sept ans et demi (lui) qui, lorsqu’il entend son père dire qu’il va se suicider s’il ne peut plus marcher, décide de devenir le plus jeune écrivain de France. Cette histoire, c’est le point de départ de ce livre qui tient à la fois de l’autobiographie, de la lettre, de la confession, de l’hommage, de la déclaration d’amour et de l’adieu.

Et c’est évidemment bouleversant, mais avec ce tour de force dont seul Cauwelaert est capable : nous faire rire et pleurer à quelques lignes d’intervalle. Car bien sûr, ce texte, le plus personnel et le plus intime de l’écrivain, ne manque pas de moments tristes, et il est de toute façon placé sous le signe de l’absence de ce père. Mais voilà, Cauwelaert ne sait pas être larmoyant, jamais, et la même page qui nous a donné les larmes aux yeux nous fait aussi éclater de rire. Car il faut dire que ce père est un drôle de personnage, et on sait désormais d’où notre auteur chouchou tient sa fantaisie débordante : des personnages hauts en couleur qui ont marqué son enfance, et en particulier ce père avec qui, il faut bien dire, il entretient une magnifique relation.

Sans autre plan que celui de l’enchaînement des émotions, ce texte apparaît aussi comme la clé de voûte de l’oeuvre du romancier : s’il n’en éclaire pas totalement les circonstances, on comprend néanmoins la naissance de certains de ses thèmes obsédants. C’est la naissance d’une vraie vocation, celle d’un être qui est manifestement destiné à écrire et qui l’a toujours fait, qui jouait  l’écrivain comme d’autres jouent au pompier ou au médecin. Et puis, pour tout dire, quel bonheur de découvrir ce gamin à l’imagination débordante, manipulateur et gentiment mythomane, qui invente des histoires rocambolesques dans lesquelles il entraîne ses camarades, l’ado qui écrit des pièces de théâtre pour draguer les filles, l’adulte qui a trouvé sa vocation de romancier.

C’est, vraiment, un très beau texte : on ne peut que s’attacher à ce père tellement hors du commun qu’il est un vrai personnage de roman, à ce fils aimant et attendrissant, à ces histoires émouvantes et drôles, avec parfois un soupçon de paranormal. J’aurais voulu que ce texte fasse 1000 pages, car il en émane une lumière qui éclaire tout !

Le Père adopté
Didier van CAUWELAERT
Albin Michel, 2007 (Livre de Poche, 2009)

15 comments on “Le père adopté, de Didier van Cauwelaert

  1. de Mérignac

    Celui-là, je l’ai lu et il faut reconnaître que votre enthousiasme est justifié.

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  2. Très beau texte!!!

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  3. il va vraiment falloir que je me plonge dans l’univers de cet auteur.

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  4. tu m’as convaincue!

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  5. J’avais apprécié ce titre moi aussi mais curieusement il ne m’en reste pas grand chose aujourd’hui…

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  6. geraldinecoupsdecoeur

    C’est avec ce livre que j’ai enfin adopté Van Cawelaert, après 2 ou 3 autres essais infructueux !
    Lu il y a 5 ans, je me souviens juste avoir beaucoup aimé.
    Alors, et l’interview de DVC, ça en est où ???!!!!

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  7. Je l’ai lu le mois dernier et je l’ai adoré: triste sans tomber dans le pathos mais tellement drôle par moments. La lucidité de l’auteur sur lui-même est désopilante.

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  8. Ping : La bienveillance est une arme absolue, de Didier van Cauwelaert : de la sollicitude – Cultur'elle

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