Elle lit/Jeunesse

Le jour du slip/Je porte la culotte d’Anne Percin et Thomas Gornet

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Tant pis, il faut que je m’habille. Pour enlever mon bas de pyjama, j’ai l’habitude de faire glisser mes mains entre l’élastique et la peau. Mais cette fois, ça accroche. Sous mes doigts, là où d’habitude il n’y a qu’une toute petite bosse de peau douce, maintenant, il y a… un zizi !

Dans la mythologie grecque, le devin Tiresias a ceci de particulier que né homme, il a passé sept ans dans un corps de femme. En effet, un jour qu’il se promenait en forêt, il troubla de son bâton l’accouplement de deux serpents. Aussitôt, il fut transformé en femme. et resta sous cette apparence pendant sept ans. La huitième année, il revit les mêmes serpents s’accoupler, les frappa et redevint un homme. Cette aventure est d’ailleurs à l’origine de sa cécité : lorsque Jupiter prétendit que la femme prenait plus de plaisir que l’homme dans l’acte sexuel et que son épouse prétendit le contraire, ils demandèrent l’avis informé de Tirésias qui avait l’expérience des deux sexes. Tirésias se rangea à l’avis de Jupiter. Il expliqua que si le plaisir de l’acte sexuel était divisé en dix parts, la femme en prendrait neuf alors que l’homme n’en prendrait qu’un. Junon, en colère (on se demande d’ailleurs pourquoi) l’aveugla. Comme tous les mythes, celui-ci est riche d’enseignement concernant la psyché humaine : qui, en effet, n’a jamais rêvé de savoir ce que ça faisait d’appartenir à l’autre sexe ? En tout cas pas moi : j’adore être une femme et je ne changerais pour rien au monde, mais malgré tout, je ferais bien l’expérience d’être un homme pendant 24h. Juste pour voir. Cela me permettrait peut-être d’apprendre la langue, de voyager dans un pays étranger !

Et bien, c’est ce qui arrive à deux enfants dans cette petite histoire : d’un côté, Corinne qui se réveille un matin pour découvrir que sa vie a changé et qu’elle est un garçon, Corentin. Et de l’autre, Corentin, à qui il arrive la même chose, mais dans l’autre sens…

Que de conneries a-t-on entendues sur ce pauvre livre qui a eu le malheur de se trouver sous les fourches caudines des abrutis intégristes atteints visiblement de délires maniaques (je vous renvoie à l’article d’Anne Percin). Or, qu’avons-nous là ? Un petit livre drôle, bien écrit, léger, qui entend dédramatiser les choses : comme je l’ai dit dans mon préambule, il est naturel de se demander ce que ça fait d’être dans la peau de l’autre, et en particulier lorsqu’on est à un âge où, comme cela est montré dans le livre, filles et garçons constituent des groupes hermétiques se regardant en chien de faïence (rassurez-vous, plus tard ils n’hésitent pas à se mélanger, et de très près…). L’intérêt de ce livre est que, finalement, chacun, même en changeant de sexe, reste lui-même, par contre, il adopte, le temps d’une journée, le rôle de l’autre, un peu comme dans un jeu : la petite fille (devenue garçon) est reléguée au fond de la classe, étiquetée cancre perturbateur, et étonne la maîtresse en répondant sérieusement à ses questions ; le petit garçon (devenu fille) doit faire des couettes à sa copine et suscite l’admiration des mâles en montrant sa maîtrise des jeux video. Et ce joli mélange permet aussi la naissance d’amourettes d’école primaire, et ça, c’est chouette !

Bref, pas de quoi fouetter un chat ni menacer d’assassiner un innocent libraire : ce livre invite à se poser des questions, à revoir certains stéréotypes, et c’est une bonne chose !

Lecture commune chez Stephie et le carré jaune, avec la moitié de la blogosphère, en lutte contre la connerie (il y a du boulot, mais nous vaincrons) (je mettrai les liens au fur et à mesure, parce que j’ai perdu le fil)

Le Jour du slip/Je porte la culotte
Anne PERCIN et Thomas GORNET
Rouergue, 2013

18 réflexions sur “Le jour du slip/Je porte la culotte d’Anne Percin et Thomas Gornet

  1. La connerie en ce moment n’a plus de limite… Et c’est à croire que tous ces gens n’ont jamais eu d’enfant non plus… Moi aussi j’aimerais bien devenir un mec pour 24h !!! mais après, ah non, je me préfère en moi !!!
    Chez moi, pas de slip ni de culotte, mais tous à poil pour de vrai : les gens du Nord n’ont pas froid aux yeux… ni aux fesses !

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  2. Pas de quoi fouetter un chat et pourtant certains voudraient aller plus loin et brûler le chat en place public. Ou alors c’est nous qui sommes trop subversifs, je ne sais plus à force…

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  3. très bon article ! merci ! je découvre un pan de la mythologie que je ne connaissais pas (comme Maghily).
    ça me rappelle un souvenir de cours élémentaire : un spectacle dont l’une des chansons m’avait beaucoup amusé : ça commençait comme ça : « mon petit frère à un zizi, moi Zaza, je n’en ai pas » et ça parlait justement des différence fille-garçon !
    ça serait bien que certains arrêtent de tout diaboliser sans savoir et commence à se servir d’une chose utilie : leur cerveau ! 🙂

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