Afropean Soul et autres nouvelles, de Leonora Miano

11564140584_a7127a8210_oParfois, il me vient à l’esprit que je pourrais faire cela. M’asseoir parmi les miens. Leur dire simplement que la France ne m’a pas réussi. Que je n’y ai réalisé aucun de mes rêves. Que, au contraire, des cauchemars d’une espèce inconnue ont commencé à danser entre mes tempes.

Cinq nouvelles constituent ce recueil. Toutes ont en commun d’être des portraits, des tranches de vies de personnages noirs qui vivent en France. Un gamin recruté par un agent de footballeurs véreux, et qui ne veut pas rentrer dans son pays de peur de décevoir ceux qui ont cru en lui. Un gosse de neuf ans qui prend conscience de l’injustice d’une vie où sa mère, diplômée de lettres, ne parvient pas à trouver meilleur emploi que standardiste flexible. Des filles qui expriment leur désarroi d’être rejetées de la société par la danse et la violence. Un jeune afropéen qui, confronté au racisme ordinaire, réfléchit sur l’identité. Les filles perdues d’un centre d’hébergement d’urgence.

En peu de mots, en peu de pages, Leonora Miano propose un recueil dont le mot clé est l’humanisme, un recueil salutaire par les temps qui courent. Dans une très belle langue, où parfois affleure le poétique, elle nous pose une question, celle de l’identité : qu’est-ce qu’être Français ? La réponse pourrait être simple, elle ne l’est pas. Pour les êtres dont il est question ici, en tout cas, elle est complexe : la France s’avère un Eldorado décevant, ils doivent vivre avec le désenchantement, l’exclusion, le rejet de cette patrie dont ils avaient rêvé ; déterritorialisés, ils se retrouvent à la marge, rejetés car s’écartant de la norme. La critique est implicite : dans ce recueil, Leonora Miano donne la parole à ceux qui, d’habitude, sont réduits au silence, les pauvres, les noirs, les femmes, ceux dont la société française ne veut pas, qu’elle oublie, qu’elle cache. Mais en même temps, la violence de la France n’est pas la seule : dans « Filles du bord de ligne » notamment, la violence est aussi celle de l’excision, du viol, du mariage forcé. Et c’est ça qui fait mal dans ce recueil : on a l’impression d’une impasse : déracinés, les personnages sont pris entre les feux de deux violences, de deux marginalités. Que faire alors ?

Leonora Miano ne propose pas de réponse. Mais le mérite de ce recueil est de poser les questions…

L’avis de Noukette

Afropean Soul et autres nouvelles
Leonora MIANO
Flammarion, 2008

MIANOBy Stephie

21 réponses sur « Afropean Soul et autres nouvelles, de Leonora Miano »

  1. Alpha

    Dans quelle mesure le rejet dont ses personnages se disent victimes est-il provoqué par leurs propres craintes ou certitudes d’être rejetés, entretenues par des discours victimaires comme ce livre pourrait en être un ? Parce que c’est un phénomène bien connu et dénoncé par des Noirs qui réussissent que, pour certains, travailler correctement à l’école et ne pas s’habiller en voyou est considéré comme de la collaboration avec l’ennemi (on parle en France de « Bounty », comme cette confiserie noire seulement au-dehors, mais dont le cœur est blanc). J’imagine qu’en classe tu as bien dû voir de très bons élèves de la seconde génération être gentiment stigmatisés, non en raison de leur peau, mais en raison de leurs notes. Si la République leur a manqué, ce n’est pas en les rejetant, c’est en ne rejetant pas leurs tourmenteurs pour qu’ils soient « inclus », tel quels.

    Il ne s’agit pas de nier le rejet qui existe de la part de Blancs envers des Noirs, ni même de prétendre qu’il est toujours dû à un rejet d’attitudes négatives et pas à un réel racisme. D’autre part, Miano peut bien écrire ce qu’elle veut et ne s’intéresser qu’à une partie des phénomènes. Mais on peut s’interroger, et relever que son œuvre appartient à un courant communautaire qui est loin d’être apaisé (à l’écrit elle est très prudente, à l’oral, elle dérape notoirement), et qui véhicule une pensée si biaisée qu’elle est dommageable pour tous, à commencer par ceux qu’elle prétend défendre. Ce n’est pourtant pas un gars réputé à l’extrême droite qui a dit « avant de vous demander ce que votre pays peut faire pour vous, demandez-vous ce que vous pouvez faire pour votre pays ». Le vote Noir est à gauche dans des proportions plus que staliniennes : il y a bien une question culturelle, idéologique, en jeu.

    Au fait, comment se fait-il qu’elle fasse carrière et reçoive des prix dans un pays si raciste ? Ça me rappelle l’autre tarée infecte « never been proud of my country », dont le mari a entrepris de le démolir avec le monde libre…

    Et je ne parle pas du rejet des Blancs, des Chinois ou des Arabes par les Noirs, que ce soit au pays, ou dans les banlieues. Ni de l’intégration des Asiatiques.

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      1. Alpha

        Oh l’hypocrite. Qui a commencé à aborder le sujet ? N’ai-je pas lu dans ton billet « par les temps qui courent » ? Ai-je tort d’y voir une allusion à la campagne contre le racisme anti-Noir qui s’est déroulée ces dernières semaines après qu’une fillette a insulté Taubira ? Dans ce cas, il est légitime d’en parler sans se voiler la face, même si je n’ai pas envie de voir ce blog traiter de sujets trop sérieux.

        Depuis, le maire rouge de Bagnolet a fait citoyen d’honneur de sa ville un prisonnier autrefois terroriste ouvertement antisémite qui a participé à l’assassinat de Juifs parce que Juifs (et d’Américains), au motif qu’il était marxiste et bon combattant de l’entité sioniste. Il me semble que c’est une prise de position également raciste (mais pas que), et de bien plus grande conséquence que les horreurs d’une gamine odieuse. Un élu de le République prône le terrorisme et l’assassinat de Juifs, de diplomates, etc. Pas une ligne dans les journaux hors le Figaro et le Parisien, et seulement trois reprises ailleurs : des sites Juifs, de la diaspora Arabe, et des immigrés Africains. Les deux derniers approuvant la mesure, d’ailleurs. Conclusion : l’indignation pleinement justifiée après les insultes adressées à Taubira est instrumentalisée de façon infecte et à géométrie variable. On ne peut pas s’en contenter, et il faut avoir le courage d’appréhender les phénomènes complètement. A être si sélectif, on a moins combattu là l’idée infernale que l’ethnie et les consciences étaient liées, ou pour dire plus simplement, le racisme en général, que l’on n’a fait la promotion des Noirs définis en tant que victimes des Blancs.

        Aux USA, le discours victimaire communautariste s’appelle « maintenir les Noirs dans la plantation ». Il est bien identifié et ses effets pervers sont dénoncés par des Républicains Noirs. Par exemple le génial Thomas Sowell, ou :

        http://www.amazon.com/Its-OK-Leave-Plantation-Underground/dp/0965521818/

        Au fait, Taubira présenta naguère une loi mémorielle fustigeant la traite négrière par les Blancs mais refusa de rien dire de la traite négrière par les Arabes ou les Noirs, ni de la traite des Blancs par les Barbaresques, pour ne pas accabler les jeunes Arabes et Noirs d’aujourd’hui : est-ce à dire que son propos était raciste en ce qu’il visait à accabler absurdement les petits Blancs au nom de leurs ancêtres ? et qu’il ne fallait pas écorner le mythe qui unit les autres ?

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      2. Alpha

        Ben voyons. Si tu ne veux pas que ton blog traite de sujets qui t’agacent, il ne faut pas les aborder la première, et si tu le fais, tu es bien libre de censurer les vues qui te déplaisent, ou dont tu crois qu’elles te déplaisent faute de les comprendre, mais ce n’est pas honnête, et ça laisse les choses à un niveau superficiel. Ici, une discussion pouvait s’engager sur un thème que tu juges « important par les temps qui courent ». Ce qui touche au racisme n’est vraiment pas simple et mérite qu’on s’y intéresse rigoureusement, et pas au gré des incantations médiatiques dont l’agenda est vite éventé. Ce n’est pas pour dire du mal des copains, mais combien de tes contributeurs font l’effort d’apporter quelque chose qui aille au-delà de « je vais le lire »? Eh bien je te lirai encore, mais je crois que je n’écrirai plus.

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        1. L'Irreguliere

          Le problème, c’est que tu critiques le contenu sans avoir visiblement lu les nouvelles en question : tu comprends bien que ce n’est pas possible dans la mesure où ce blog parle, quand même, essentiellement de littérature !

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          1. Alpha

            Pas tout à fait d’accord. Je n’ai pas du tout critiqué le contenu. J’ai indiqué qu’il y avait un contexte dans lequel il s’inscrivait, qui était trop peu considéré, et qu’en parler devait éclairer le recueil. C’est d’ailleurs ce que tu as dit toi-même en déclarant qu’il venait à point nommé « par les temps qui courent ». Bises.

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