Elle lit Elle lit des romans

La Carapace de la tortue, de Marie-Laure Hubert Nasser

11448742904_300a0ea7f7_oCet habit de chair et d’os, dont elle était incapable de considérer le périmètre réel, était, pour la première fois de son existence, habité. Quelque chose circulait en elle. Cette peau toujours froide sur laquelle elle avait renoncé à promener ses mains vivait, bouillonnait presque. Douceur et chaleur couraient dorénavant dans ses veines.

Franchement, comment voulez-vous que je résiste à une couverture illustrée d’autant de macarons ? Pourtant, ce roman est loin d’être de la chick-litt, comme pourrait le laisser croire cette illustration.

Sur un coup de tête, Clotilde a quitté Paris pour revenir vivre à Bordeaux, où elle n’était pas revenue depuis les quelques années qu’elle avait plaqué sa famille. Elle s’installe dans un appartement prêté par une vieille tante. Elle pourrait espérer un nouveau départ, mais pourvue d’un physique difficile, Clotilde a peur de tout et surtout du regard des autres, qu’elle fuit du mieux qu’elle peut. Pourtant, grâce à l’entêtement de sa tante et de ses voisines qui deviennent des amies, elle renaît, trouve un travail qui la passionne et se réapproprie son corps. Le début d’une deuxième vie ?

Ce roman a été une vraie surprise, car il est beaucoup plus profond qu’il n’y paraît. Drôle et touchant, il est servi par une héroïne extrêmement attachante : une jeune fille à l’enfance compliquée, meurtrie par l’indifférence et les moqueries, empêtrée dans un corps qu’elle voudrait voir disparaître tant il la gêne dans le moindre de ses mouvements, et qui, grâce à quelques voisines, va se réapproprier ce corps. Mais ce n’est pas seulement une histoire de vilain petit canard, d’albatros que ses ailes de géant empêchent de marcher : s’il est évidemment beaucoup question du rapport au corps, de la séparation du corps et de l’esprit, du corps haï, oublié, puis habité, Clotilde n’est pas seulement une jeune femme qui apprend à être chair. L’un des fils conducteurs du roman, c’est aussi et surtout l’art, qui devient ici rédempteur : dans le Bordeaux intello-bobo (ce n’est pas une insulte sous ma plume) où l’art coule dans les veines des habitants, Clotilde montre aussi qu’à force de persévérance, on peut se faire une place, grâce à la passion ; car, comme elle le dit dans la partie du roman qui est consacrée à son journal : « J’ai finalement reçu ce don immense : celui de pénétrer l’âme des œuvres ».

Bref, j’ai donc trouvé, globalement, qu’il s’agissait d’un très très beau roman. Globalement ? Oui, car la fin est venue gâcher mon bel enthousiasme. Elle ne m’a ni plu, ni convaincue. Je trouve au contraire qu’elle vient saboter tout le joli propos du roman, mais je n’en dirai pas plus pour ne pas spoiler.

Donc, que dire ? Que c’est un très beau roman auquel il faudrait enlever les deux derniers chapitres…

La Carapace de la tortue
Marie-Laure HUBERT NASSER
Passiflore, 2013

13 comments on “La Carapace de la tortue, de Marie-Laure Hubert Nasser

  1. Donc à lire mais sansles deux derniers chapitres ? 🙂

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  2. La couverture est effectivement irrésistible. Je note ce titre… Une belle occasion pour acheter des macarons 😉

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  3. A voir la couverture j’ai pensé à un livre de recettes. C’est quand même un choix étrange de la part de l’éditeur.

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  4. Je viens de le recevoir justement…

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  5. Robin Philippe

    je ne suis pas d’accord

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  6. Robin Philippe

    J’ai cliqué trop vite. je voulais dire : J’ai lu ce roman, je ne suis pas d’accord avec votre analyse, je trouve que les deux derniers chapitres donnent de la force et une dimension supplémentaire à ce livre.

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  7. Je viens de découvrir cet ouvrage, léger et drôle tout d’abord, et très touchant ensuite.
    Je partage l’avis précédent : la fin « gâche tout », trop réaliste peut-être, mais surtout trop triste. Je ne l’imaginais pas ainsi. Néanmoins, j’ai trouvé un vrai talent d’écrivain. Merci de ce moment, je ne l’oublierai pas.

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