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Du côté de chez Drouant. Cent dix ans de vie littéraire chez les Goncourt, de Pierre Assouline

A14304Un prix peut changer une vie, ce qui est un avis d’auteur. La bouleverser, pour le meilleur et pour le pire. Le jour de sa proclamation, et les semaines suivantes, le lauréat se découvre soudain beaucoup d’amis, et même de nouveaux amis d’enfance.

 

En ce jour de remise du prix Goncourt, parlons donc… du prix Goncourt. Mais, point de pronostics : de toute façon, je me trompe systématiquement, ce qui a tendance à me vexer. Non, parlons de l’histoire du prix, qui fonctionne comme un reflet de l’histoire de la vie littéraire française. Pierre Assouline en a fait un ouvrage, paru en octobre chez Gallimard, ainsi qu’une émission sur France Culture en six volets, que l’on a pu écouter cet été et que j’ai personnellement podcastée pour l’écouter dans la voiture.

Pierre Assouline, membre du jury depuis 2012, s’est donc plongé dans les archives de l’Académie Goncourt, la presse de l’époque et les journaux intimes d’écrivains pour faire revivre 110 ans du prix le plus cher au coeur des Français. Le prix naît du testament d’Edmond Goncourt en 1896, qui institue « la création d’un prix de 5000 F destiné à un ouvrage d’imagination en prose paru dans l’année » par un jury de dix membres désignés qui se réuniront pendant les mois de novembre, de décembre, janvier, février, mars, avril, mai, le prix étant décerné «dans le dîner de décembre.» (chez Drouant depuis 1914). Si le rythme et les dates furent adaptés par la suite pour correspondre à celles de la vie littéraire et notamment sa sacro-sainte « Rentrée », si le lauréat ne touche plus « 5000F » (ce qui était une somme à l’époque) mais beaucoup plus modestement et symboliquement un chèque de 10€ (dont Assouline souligne avec malice que la plupart des lauréats le font encadrer pour l’accrocher dans l’appartement qu’ils ont pu s’acheter grâce à leurs droits d’auteurs touchés pour l’ouvrage couronné), l’esprit est toujours là : « Le prix sera donné au meilleur roman, au meilleur recueil de nouvelles, au meilleur volume d’impressions, au meilleur volume d’imagination en prose, et exclusivement en prose, publié dans l’année. [… ] Mon vœu suprême, vœu que je prie les jeunes académiciens futurs d’avoir présent à la mémoire, c’est que ce prix soit donné à la jeunesse, à l’originalité du talent, aux tentatives nouvelles et hardies de la pensée et de la forme. Le roman, dans des conditions d’égalité, aura toujours la préférence. Le prix ne pourra jamais être donné à un membre de la Société.« . Mais au prix de nombreuses péripéties…

Le moins que l’on puisse dire et que tout cela est passionnant, et l’on comprend que ce prix soit devenu aussi mythique : des scandales, des rumeurs, de l’espionnage, des négociations parfois louches, des bouderies dignes de collégiens, des manœuvres plus ou moins habiles des éditeurs, des petites phrases qui font mouche et mal, c’est cela qui fait la vie d’un prix dont les jurés ont parfois le nez creux, et d’autres fois se loupent de manière effarante, sacrant un livre dont plus personne n’a entendu parler depuis et passant à côté de chef-d’oeuvres. C’est riche, plein de rebondissements, on se croirait parfois dans une série télévisée, c’est éclairant et enrichissant et honnêtement, pour une fois, la route ne m’a pas parue trop longue en compagnie des Goncourt.

Néanmoins, si le fond est exaltant, je regrette un peu la forme : alors je passerai outre le fait que la lecture audio me frustre car j’ai une mémoire visuelle et que ne pas pouvoir prendre de notes m’empêche de retenir ce que je souhaiterais, je voudrais quand même qu’on m’explique un jour pourquoi, sur France Culture, on semble vouloir à tout prix confondre l’intelligence avec l’ennui : le ton est assez monotone, et les intermèdes musicaux donnent l’impression d’être à un enterrement. C’est le reproche que je fais de manière générale à cette radio : le contenu est souvent intéressant à la base, mais la forme est soporifique, et cette émission n’évite cet écueil que parce que le sujet est réellement passionnant. Mais un peu plus de punch dans la manière de le traiter n’aurait pas été un luxe !

Du côté de chez Drouant. Cent dix ans de vie littéraire chez les Goncourt
Pierre ASSOULINE
Gallimard/France Culture, 2013

11 comments on “Du côté de chez Drouant. Cent dix ans de vie littéraire chez les Goncourt, de Pierre Assouline

  1. J’avais aimé Lutetia de cet auteur que je relirai sûrement. Toutefois, ce thème m’intéresse peu.

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  2. J’ai écouté les émissions cet été (et j’en réécoute des extraits quelquefois à 6h du matin) et je trouve que tu es dure avec France Culture : c’est surtout Assouline qui est soporifique et un peu pontifiant. L’ensemble de la chaîne est souvent plus animé ! En revanche je suis d’accord avec toi, le sujet est passionnant, toute une vie littéraire qui renaît.

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  3. « Confondre l’intelligence avec l’ennui  » : c’est un peu dur, mais il y a du vrai :D…

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  4. alexmotamots

    Mais non, tout n’est pas ennuyeux sur France Culture.

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  5. valmleslivres

    Tu as raison, la lecture doit au contraire se faire avec des variations de ton.

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  6. Ping : Le carnet d’or, d’Augustin Trapenard | Cultur'elle

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