Elle se réfléchit dans le miroir

A la main, ou à la machine ? (non, je ne parle pas de lessive…)

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Ma visite au musée des lettres et des manuscrits m’a plongée dans des abîmes de réflexions métaphysiques. Ceci dit, tout chez moi est prétexte à des réflexions métaphysiques, même l’achat d’une paire de chaussures. Mais enfin, errer au milieu des écrits de nos chers génies m’a amenée à cette question : vaut-il mieux écrire à la main, ou à la machine ? Que préfère l’inspiration pour s’épanouir ? Le stylo ou le clavier ? Je sais bien, il n’y a pas de règle, mais tout de même…

Evidemment, pendant longtemps, les écrivains n’avaient pas le choix : ils écrivaient à la main, d’où le terme de manuscrit.

Et puis est venue la machine à écrire, emblème littéraire par excellence. Le tchic-tchic des touches, l’encre dont on tâche ses doigts en changeant le rouleau, la page qu’on insère… tout cela fait partie d’une certaine imagerie un peu romanesque de l’auteur à son bureau. Et presque uniquement là, car de fait, même les machines portatives étaient peu transportables. Mais l’objet lui-même est un fantasme, et je rêve d’une vieille Remington posée sur une belle table, dans un coin du salon.

Enfin, l’ordinateur est venu, le portable et le netbook, les tablettes qui permettent de prendre des notes n’importe où. C’est bien pratique : plus besoin de refaire toute une page parce qu’on a changé un mot ou ajouté une dizaine de lignes. Les paragraphes peuvent être coupés et collés à un autre endroit. Les corrections sont plus faciles, plus rapides, on peut multiplier les sauvegardes et éviter l’angoisse de perdre le Précieux dans un incendie, une inondation ou un cambriolage.

Aujourd’hui, aucun écrivain n’oserait remettre à un éditeur un manuscrit qui serait réellement manu-script (ou alors, un écrivain très en vue à qui on passe tous ses caprices). Et pourtant, ils sont nombreux à écrire encore à la main, le clavier ne leur parlant pas : Paul Auster, Didier Van Cauwelaert, Amélie Nothomb vantent chacun à leur manière la sensualité de la création manuscrite. Le toucher du papier, le scritch-scritch du stylo, l’odeur de l’encre peut-être. Ce qui est formidable, au-delà de la beauté d’une écriture qui est l’une des choses qui nous sont les plus personnelles, c’est que le manuscrit garde la trace d’un texte qui se construit. Les différentes versions, les ratures, les corrections sont tellement signifiants, et tout cela se perd avec l’ordinateur.

Et moi, dans tout ça ? Comme d’habitude, je ne choisis pas mon camp. Souvent, la première version est faite à l’ordinateur, parce que j’ai la hantise de la perte et que j’ai besoin pour être tranquille que chaque texte soit enregistré sur mes deux ordinateurs, mon disque dur portable et cinq clés USB (je vous ai déjà dit que je suis une grande angoissée ?). Mais je corrige à la main, et comme je corrige beaucoup (souvent chaque page tapuscrite est doublée d’une page de corrections à la main) cela donne un texte hybride, avec des collages, des flèches, des renvois, un code de couleurs compris de moi seule.

Et puis, il y a mon carnet Moleskine. J’ai toujours eu la passion des petits carnets mais depuis que je me suis offert ce mythique petit livret en cuir noir, j’ai acquis le réflexe d’y noter mes pensées les plus diverses. Cela donne un objet étrange, à la fois journal intime, recueil de citations et couveuse pour bribes de textes en devenir. Et c’est vrai que j’aime beaucoup cette sensualité qu’il y a à coucher ses réflexions dans un objet que l’on peut avoir toujours sur soi et sortir à n’importe quel moment. Par contre, si je le perdais, ça serait un vrai drame…

Et vous alors ? A la main ou à la machine ?

19 comments on “A la main, ou à la machine ? (non, je ne parle pas de lessive…)

  1. Je t’accompagne dans cette réflexion et avoue griffonner, écrire, noter, annoter avec un stylo ou une plume pour sentir ce geste sortant de mon corps et de mon esprit. Certes il serait très fastidieux à notre époque, où la rapidité est le mot d’ordre, de réécrire un manuscrit pour le transmettre à son éditeur.

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  2. Tout ce qui me tombe sous la main au moment qui s’impose !

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  3. Très belle réflexion ! Je commence tous mes écrits à la main, impossible devant un clavier mais ensuite la vitesse du TTx me permet d’avancer… Mais sans mes carnets (et pas que le Moleskine), je serais perdue !

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  4. ton billet fait écho à un moment magique avec ma petite filleule hier : sa maman lui expliquant, devant la vitrine d’un libraire où une machine à écrire faisait partie du décor, comment celle-ci fonctionnait.  » et si tu te trompais, il fallait tout recommencer… pas de touche efface ! »

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  5. Les études sur les brouillons d’écrivain vont disparaître petit à petit je pense. Les rares qui seront possibles seront d’autant plus précieuses.

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  6. J’aime écrire à la main.

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  7. mondedepapier

    Pour ma part c’est un mélange de tout cela. J’ai aussi des tas de petits cahiers, souvent jamais terminés, chacun correspondant à un projet, une fonction précise… J’utilise ma tablette ou mon téléphone pour noter des pensées et des prémices n’importe où et n’importe quand mais j’ai remarqué que ces textes finissent par pourrir dans les pixels et je ne m’en sers jamais… J’utilise sinon l’ordinateur. A une époque je l’utilisais exclusivement mais maintenant je le prends uniquement pour retaper les textes, c’est bien plus pratique pour la relecture… Même si au final tout est raturé, gribouillé etc. et on ne s’y retrouve plus. Donc au final, je préfère le papier, le son du stylo qui glisse sur les feuilles, leur son quand elles tournent… J’adore me plonger dans ce monde d’encre, ne plus pouvoir penser à autre chose, juste rêver…

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  8. J’écris avec un ordinateur. Je ne pourrais pas autrement : je fais d’abord des paragraphes touffus de phrases très longues, puis je coupe selon les propositions que j’arrange dans l’ordre le plus efficace, et je vois si des points ou des pronoms relatifs vont mieux pour les unir sans empêcher de respirer. En fait, mon premier jet ressemble à une poignée disparate de briques de Lego qu’il s’agit ensuite d’assembler correctement. Ou à un écheveau dont il me faut encore démêler les brins pour les placer les uns au-dessous des autres. A la main, ça voudrait dire que je recopierais chaque paragraphe plusieurs fois. Pour moi, écrire avec un traitement de texte plutôt qu’à la plume, c’est comme de poser une division compliquée plutôt que de la faire de tête.

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  9. Machine ! Je n’arrive plus à écrire à la main, j’ai tellement perdu l’habitude que mon écriture est devenue illisible… et j’adore la facilité des copier-coller, remodelages du texte… mais c’set vrai que ça perd en fraîcheur et que c’est dommage…

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  10. Autant avec un stylo-plume sur du papier qu’avec le clavier électronique devant un écran. Il y a toute une réflexion à faire sur ce sujet. J’ai témoigné de certaines de mes recherches, de mes lectures, de mes réflexions sur ce sujet dans mon carnet électronique.

    Toute la série ici : https://fernancarriere.com/category/ecrire-et-ecriture/

    L’écriture est un acte physique avant tout. Voici quelques témoignages sur le sujet, certains très anciens ( deux millénaires ) et d’autres plus récents ( c’est-à-dire, il y a environ un demi-siècle ou un peu moins ) : https://fernancarriere.com/2014/09/20/lecriture-est-un-acte-physique/ .

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