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Argentique, de Salomé Berlemont-Gilles

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C’était cette semaine que tout se préparait. Les hommes retissaient leurs peaux de mouton et leurs sabots, et les femmes leurs soieries de fête. L’église changeait et se parait de ses atours. On se faisait beau pour un Dieu en lequel on ne croyait pas mais qu’on craignait quand même : il peut toujours arriver pire quand on est déjà maudit. C’était la semaine sainte. Ils arrivaient.

Le narrateur de ce récit s’appelle Juan, comme six autres garçons de sa famille. Il a 15 ans, peut-être 16. Il est désormais un homme, car dans le village mexicain où il a grandi, on est adulte très tôt. C’est la Semaine sainte, celle où affluent des hordes de touristes armés d’appareils photos, en quête de couleur locale. Mais Juan ne la verra pas, car il a décidé de partir pour Mexico…

Le moins que l’on puisse dire est que ce petit texte m’a beaucoup déçue. Il est plutôt bien écrit, ce qui est déjà pas mal, et son propos est de décrire avec une grande violence mâtinée d’une crudité certaine la misère et le tourisme moderne qui en fait un spectacle, avec une volonté de dénonciation. En un certain sens, c’est réussi, car le texte choque, met mal à l’aise. Mais voilà : le gros problème est qu’on reste dans le premier degré, à la surface, et il manque une certaine hauteur de vue, un véritable travail littéraire pour lui donner de la consistance. Le personnage ne m’a, à aucun moment, émue, malgré sa destinée tragique. Même le titre loupe son effet : le but est de créer un effet de sens « argent »/ »photographie » en les liant dans un même mot. Cela fonctionnerait si les touristes prenaient encore leurs photos à l’argentique, mais ça fait belle lurette que ce n’est plus le cas, et du coup ça tombe à plat… Bref, une lecture qui, heureusement, ne m’a pas pris beaucoup de temps, et que j’oublierai certainement encore plus vite.

Argentique
Salomé BERLEMONT-GILLES
Lattès, 2013

logorl201316/18
By Hérisson

14 comments on “Argentique, de Salomé Berlemont-Gilles

  1. Okay alors à ne pas lire ! De toute façon je suis assez snob mais jene lis que des livres sur des pays qui m’intéresse et le Mexique c’est pas trop ma tasse de thé ….

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  2. Et bien je vais passer mon tour alors. le pitch ne m’emballe pas, et ton avis plus que mitigée me suffit 🙂

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  3. Pour avoir lu le livre, permets-moi quelques rectifications : Juan voit la semaine sainte et ses touristes, et ce chaque année. C’est justement à la suite d’une qu’il décide de partir.

    Du reste, l’analyse du titre que tu en fais est tout à fait au « premier degré, à la surface », non pas comme le livre, superbement écrit. Je comprends le titre comme le rapport au touriste et non à l’argent. Ces touristes bobo qui se cultivent, lisent des livres, mais qui ne se rendent pas compte de ce qu’est véritablement la misère. Ils se contentent de l’esthétiser avec leurs appareils photos style polaroid, ARGENTIQUE.

    Pour finir, oui, le texte est cru, mais n’est-ce pas là la réalité des gens qui y est décrite ? Le style est dur, violent, exactement comme ce que vivent les Mexicains dépeints.

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    • Il me semblait qu’il partait avant le déferlement, mais comme le livre ne m’a que peu intéressée, il est possible que je me sois trompée. Pour le titre, j’y vois quand même la double interprétation : ils sont là parce qu’ils ont de l’argent, ce qui leur permet de prendre des photos (mais à mon avis pas à l’argentique, pratiqué surtout par les professionnels, de nos jours). Enfin, j’ai admis que c’était bien écrit, et la crudité n’était pas vraiment un reproche. Reste que pour moi, il manque quelque chose et je n’ai pas aimé. Mais tant mieux si cela t’a plu et si ce livre trouve son public. Simplement, pas moi.

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  4. Barnabé Monnot

    Tout à fait d’accord avec l’interprétation d’Helenem, pour moi Argentique renvoie bien plus à cette esthétisation de la misère. La distance entre les touristes et leurs sujets, très bien exposée dans le livre avec la narration à la première personne, est encore plus renforcée par les filtres de l’argentique ou ses émulations que permettent les Instagram et autres. C’est un peu simple de réduire les touristes à l’argent, surtout dans l’ère du tourisme de masse où ce genre d’activités est très accessible, que ce soit au Mexique ou ailleurs.

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  5. Bon ça c’est dit. En ce qui me concerne tes arguments font mouche et je n’ai pas du tout envie de me lancer dans une telle lecture.

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  6. Bon, et bien je passe hein ? T’as pas un livre qui s’appellerait Instaiphone ? lol

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