Romans

Une vie de petits-fours, de Sébastien Marnier

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Ce soir, les femmes sont de sortie. Elles ont de l’esprit, une certaine éducation, une personnalité bien affirmée ; pourtant, lorsqu’elles sont au bras de leur époux, elles s’effacent. Elles sourient, elles gloussent et se glissent dans les habits d’une desperate housewife de circonstance comme des actrices en représentation. Sur scène, elles s’évaporent et deviennent de simples élégantes quand, en coulisse, elles font tourner le barnum. Les plus jeunes sont souvent davantage diplômées que leur mari. C’est un jeu de dupes auquel elles s’adonnent avec une certaine jubilation mais, sous les bas couture, l’esprit d’entreprise et de compétitivité se propage comme un poison vénéneux sur la première main baladeuse. Derrière les sourires, leur vie s’écrit comme un roman.

Un soir d’élections municipales, dans une ville où il ne se passe rien, tenue depuis des lustres par la vieille droite bourgeoise, catholique et clientéliste. Le narrateur, « jeune freluquet sans étiquette », espère bien jouer les troubles fête, doté du sésame légué par sa grand-mère…

Totus mundus agit histrionem, écrivait Pétrone, et sur ce motif du théâtre du monde Sébastien Marnier fait la satire de la vie politique dans une petite ville de province comme il y en a tant, gangrenée par l’entre-soi, l’immobilisme et l’argent, devenue un cirque médiatique  où tout se joue en coulisses, dans les soirées où l’on se gave de petits fours. Le narrateur, à la fois cynique et utopique, espère bien changer les choses. Oh, il n’est pas angélique, et si on peut le taxer de cynisme, c’est parce que finalement il n’est a priori guère plus honnête que son rival : il porte une alliance pour masquer son homosexualité, et se sert de renseignements qu’il ne devrait pas posséder pour dire aux gens, potentiels électeurs, ce qu’ils ont envie d’entendre sur les sujets qui les touchent. Mais en même temps, il est sincère, et s’il agit ainsi c’est parce que la fin, le changement, justifie les moyens, et porteur d’un véritable projet (j’adhère à l’idée de rendre obligatoire au lycée les cours de sémiologie des médias et de décryptage des images), il est peut-être celui qui permettra un vrai changement.

Ce texte très court, dans la nouvelle collection « Plein Feu » de Jean-Claude Lattès, est donc parfaitement réussi : clair et bien mené, totalement maîtrisé, il invite à réfléchir sur un sujet ô combien essentiel !

Une vie de petits-fours
Sébastien MARNIER
Lattès, 2013

logorl201313/18
By Hérisson

8 réflexions sur “Une vie de petits-fours, de Sébastien Marnier

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