Elle lit des romans

Veuve noire, de Michel Quint

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Maintenant, malgré le manque d’Antoine, avec la guerre finie, selon le théorème de Bovary qui dit qu’après la mauvaise partie de la vie en vient forcément une meilleure, elle espère prendre sa place dans le vaste mouvement du progrès, devenir une femme à l’américaine, au moins se rebricoler un petit bonheur, ne plus faire semblant d’avoir oublié les grandes béatitudes d’avant-guerre, les mettre vraiment aux orties et ne plus pleurer la nuit, avec Antoine aux lèvres et ses baisers d’autrefois, oh les baisers d’Antoine…! Vaillamment, elle cueille une petite larme mêlée de mascara à sa joue et attrape son maroquin, son petit tricorne noir avec la plume de faisan, et alors c’est très bien le faisan quand on n’a pas les moyens de l’autruche, sort sur le palier, boucle derrière elle et descend dans la rue.

Alors que la Grande Guerre vient de s’achever, Léonie Rivière, dont le mari a été tué lors de l’offensive du chemin des Dames, reprend son travail de journaliste : sous le pseudonyme de Lys de Pessac, elle écrit des articles sur l’actualité culturelle, et parfois sur l’actualité tout court. Elle rencontre Edgar Prouville, un ancien combattant souhaitant se reconvertir en marchand d’art, dont elle tombe amoureuse et qui entrepose chez elle des toiles à l’origine trouble. Lorsqu’il disparaît du jour au lendemain, Léonie se lance dans une enquête qui lui réserve bien des surprises…

Moi qui ne suis habituellement pas spécialement friande de littérature policière au sens large, j’ai beaucoup aimé ce roman, qui nous plonge dans une époque fascinante : le Paris de l’immédiat après-guerre, un Paris foisonnant, où le désir de revivre prend le pas sur la misère, le froid et la fin. Lys (je préfère l’appeler Lys) nous entraîne avec elle dans le milieu artistico-intellectuel alors centré autour du Montparnasse, avec la peinture, le dadaïsme, la naissance du surréalisme, le music-hall ; on croise Cocteau et Radiguet, Gertrude Stein et surtout Modigliani. Il souffle comme un vent de liberté : Lys, en pionnière de la libération des femmes et des moeurs, assume ses désirs et sa volonté d’indépendance, jette son corset et tombe amoureuse. L’époque est donc parfaitement dépeinte, dans une langue qui se coule bien dans cette ambiance.

Et puis il y a l’enquête, parfaitement menée autour de personnages troubles, qui n’hésitent pas à profiter de la désorganisation générale pour mener des activités louches, jouer sur plusieurs identités, profiter de la détresse des gens et notamment des veuves de guerre en mal de mâle à une époque où il n’y a que peu d’autres possibilités pour une femme que d’être une épouse (même si Lys montre que l’on peut faire autrement, elle n’en est pas moins faible sur ce sujet).

Bref, un roman très agréable et divertissant, tout en étant riche et stimulant.

Veuve Noire
Michel QUINT
L’Archipel, 2013

logorl201312/12
By Hérisson

(16 commentaires)

  1. Je croyais qu’il s’appelait Charles. Charles Quint. Abrégé en ‘arle pour les intimes.

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