9673367052_a4cbcf93dd_oEt maintenant je me demande ce qu’Esther pouvait bien penser tandis que je courais dans tous les sens à la recherche d’une cabine téléphonique, ce soir d’octobre 1990, et qu’elle me suivait, silencieuse et désolée. Oui, tant d’années après, c’est ainsi que je me souviens d’elle et ce sont les mots qui me viennent, silencieuse et désolée.

Lorsque le narrateur, Augustin, un écrivain, commence la rédaction de ce livre, il est séparé d’Esther depuis deux mois, après 20 ans de vie commune. Cette rupture douloureuse le renvoie à celle qu’il avait déjà vécue avec Cécile, à l’époque de sa rencontre avec Esther. Et à d’autres histoires. Bientôt, les figures féminines de la vie du narrateur surgissent, se mêlent, se croisent, et notamment, obsédante, la tant haïe mère…

Dans ce roman clairement autofictionnel, Lionel Duroy nous entraîne au coeur du mystère du sentiment amoureux, qui est comme je le dis toujours l’un des plus grands mystères de l’humanité. Comment il naît, et comment il meurt. Comment l’être se façonne par ces histoires plus ou moins longues, plus ou moins passionnelles. Comme sur une partition, les motifs reviennent, les scènes et les femmes se font écho, comme dans un douloureux et éternel retour du même, comme si le narrateur ne parvenait à échapper à cette figure qui domine tout : la mère. Car l’un des enjeux du livre est bien là : montrer les dégâts que peut faire une mère mal-aimante dans la vie, et notamment  la vie amoureuse, de son fils. Les souvenirs surgissent les uns des autres dans une absence presque totale de chronologie, et donnent à voir les fragments éparpillés de l’âme du narrateur. Un être touchant, qui se montre dans toutes ses faiblesses, sa lâcheté, son inconstance, sa grande fragilité qui le rend émouvant.

C’est aussi un roman autoréflexif : le livre est en train de s’écrire sous nos yeux, ce qui rend palpable toute la difficulté de l’acte créateur : le blocage, les souvenirs flous, mais aussi la réception violente de ceux qui se retrouvent malgré eux dans les pages. Mais aussi l’espoir, car finalement, écrire, c’est rassembler les fragments de son âme.

Un très beau roman donc, une plongée émouvante dans le coeur d’un homme !

Vertiges
Lionel DUROY
Julliard, 2013

logorl20135/6
By Hérisson

30 comments on “Vertiges, de Lionel Duroy

  1. Un immense coup de cœur pour moi…

    J'aime

  2. J’ai très,très envie de le lire!

    J'aime

  3. Bien… je note. Apparemment, c’est une bonne pioche.

    J'aime

  4. Il me tente bien aussi mais comme j’ai dans ma PAL « l’hiver des hommes », je préfèrerais le lire avant. Bon, on verra !

    J'aime

  5. Autofictionnel et autoréflexif, j’avoue que ça me refroidit. Vraiment pas tenté pour le coup malgré tout le bien que tu en dis.

    J'aime

  6. valmleslivres

    J’ai eu du mal avec celui de la rentrée 2012 alors je ne suis pas sûre de le lire.

    J'aime

  7. Je suis contente que tu aies aimé c’est bon signe pour ma prochaine lecture !

    J'aime

  8. la couverture déjà me donnait envie, j’ai maintenant très envie de le lire!

    J'aime

  9. On devrait te punir d’être aussi tentante !

    J'aime

  10. geraldinecoupsdecoeur

    Si c’est le seul moyen de plonger dans le coeur d’un homme, pourquoi pas ?!

    J'aime

  11. ENFIN C est de la littérature car on peut se soigner de n’avoir pas été aimé par sa mère et ne pas répéter des histoires malheureuses!!

    J'aime

  12. une très belle et bonne lecture pour moi aussi !
    😉

    J'aime

  13. Je reconnais qu’à te lire je me laisserai presque tenter…Cool ! 😉
    http://lionel-duroy-un-jour-je-te-lirai.blogspot.fr

    J'aime

  14. Ping : « Nous qui valons si peu, et nous insultons à présent avec le souci de nous blesser, de nous détruire, comment pourrions-nous produire une oeuvre ?  | «Cunéipage

  15. Ping : Échapper, de Lionel Duroy | Cultur'elle

Un petit mot ?

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

%d blogueurs aiment cette page :