Seule Venise, de Claudie Gallay

9201617918_316191237f_o

 

Il est des êtres dont c’est le destin de se croiser. Où qu’ils soient. Où qu’ils aillent. Un jour ils se rencontrent.

J’avais été plutôt déçue par ma lecture de L’Amour est une île et j’en était restée là avec cette auteure, convaincue que ce qu’elle écrivait n’était pas pour moi. Et puis, je me suis laissé convaincre de lui donner une seconde chance et de lire ce roman (elle en publie un nouveau pour la Rentrée Littéraire, d’ailleurs).

Après une rupture douloureuse, la narratrice vide son compte en banque et s’enfuit à Venise. C’est l’hiver, la ville et froide et triste, et pourtant, elle y apprend à revivre. Dans la pension de famille où elle s’est installée pour une durée indéterminée, elle se lie avec un vieux prince russe en fauteuil roulant, et avec une danseuse. Mais surtout, en arpentant la ville, elle fait la connaissance de Dino, un vendeur de livres anciens, destinataire du texte que nous lisons.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que je ne regrette pas de m’être laissé tenter, car ce petit roman, poétique et mélancolique, m’a littéralement envoûtée. Tout est parfaitement maîtrisé afin de reconstituer au plus juste cet exil intérieur qui suit la rupture amoureuse, matérialisé ici par un exil géographique dans une ville improbable dans un tel cas : Venise, la ville des amoureux, qui est ici un véritable personnage. Ce choix a évidemment quelque chose de violent, presque masochiste, mais de cathartique aussi. Les errances de la narratrice dans la ville labyrinthique et en marge du monde, à l’image de sa conscience, simulacre de l’étape après l’amour, lorsqu’on ne sait plus que faire de soi et du temps vide, donnent lieu à une véritable poétique du silence. Oui, c’est un texte silencieux et lent, qui dit magnifiquement la souffrance amoureuse et l’absence de désir. Et pourtant, on renaît, et les personnages que rencontre la narratrice l’y aident. Le Prince, notamment, personnage raffiné et cultivé, est absolument fascinant : cloué dans un fauteuil roulant, il regarde le monde à travers les autres ; et pourtant, il a une histoire à raconter, et à vivre aussi. Et puis, il y a Dino, dont on ne peut pas trop parler pour ne pas déflorer le mystère et la fin du roman, qui n’est peut-être pas celle que l’on pourrait croire.

Lu également par Antigone, Enna, Saxaoul, Liliba

Seule Venise
Claudie GALLAY
Editions du Rouergue, 2009 (J’ai Lu, 2013)

logo_saison3

5. Chagrins d’amour

35 commentaires

  1. J’ai beaucoup aimé ce livre. La mélancolie, l’atmosphère qui se dégage des tous ces mots, l’écriture de Claudie Gallay…. « Les déferlantes » a été un vrai coup de coeur pour moi. J’attendais beaucoup de « L’amour est une île » et j’ai moins aimé mais c’est un bon livre quand même. J’espère que le prochain sera bien !!!!

    J'aime

  2. Saxaoul vient de me parler de son roman à paraître fin août. J’avoue que je ne connais pas du tout cette auteure mais je vais peut-être me laisser tenter au moment de la rentrée…

    J'aime

  3. Moi, c’est après Les déferlantes que je me suis dit que ce n’était sans doute pas une auteure pour moi. Mais comme je retourne à Venise cette année, je lirai peut-être ce roman lors du trajet. L’auteure est très sympa.

    J'aime

  4. C’est la dame des Déferlantes ? Je n’ai lu que celui-là et ça n’a pas été le déferlement de joie ^^ je suis vilaine, mais il faudrait que je me repenche sur ses œuvres.

    J'aime

  5. Ah làlà, j’ai lu ton billet tout haut à ma maman, au début parce que je rassurais que tu fasses toi aussi une faute d’ortho avec que je me suis laissé convaincre, laissé sans E. Et ma maman a dit que tu avais raison ! Et là, j’ai eu un cours de grammaire que j’ai déjà oublié et j’ai dit, qu’est-ce que tu écris bien tout de même !
    pour le livre, pourquoi pas, puisque comme toi, je n’ai pas pas été charmée par l’amour est une ile !

    J'aime

  6. D’elle, j’ai aimé  » L’Or du temps » , qui se déroule en Normandie, avec pour toile de fond, la découverte par André Breton et d’autre surréalistes des indiens Hopi en Amérique.
    Les « Déferlantes »,en revanche, m’ont prodigieusement ennuyée…

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.