Elle lit des romans

Gatsby le Magnifique, de Francis Scott Fitzgerald

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Près de cinq ans ! Et par moments peut-être au cours de cette après-midi Daisy s’était-elle montrée inférieure à ses rêves – mais elle n’était pas fautive. Cela tenait à la colossale vigueur de son aptitude à rêver. Il l’avait projetée au-delà de Daisy, au-delà de tout. Il s’y était voué lui-même avec une passion d’inventeur, modifiant, amplifiant, décorant ses chimères de la moindre parure scintillante qui passait à sa portée. Ni le feu ni la glace ne sauraient atteindre en intensité ce qu’enferme un homme dans les illusions de son coeur.

Il est des romans sur lesquels on fantasme longtemps avant de les lire, un peu comme Gatsby avec Daisy, un peu comme ça se passe toujours en amour. Mais Fitzgerald étant l’un de mes écrivains américains préférés, notamment grâce à Tendre est la nuit qui est selon moi un chef-d’oeuvre, il fallait un jour que je me lance, et comme le film de Baz Luhrmann est en ouverture du festival de Cannes, je me suis dit que le moment était bien choisi. Je me suis d’abord lancée en VO, avec une vieille édition que j’avais depuis de nombreuses années. Mais c’est un fait malheureux : si habituellement je lis assez facilement l’anglais, l’écriture de Fitz, pour une raison que j’ignore, me résiste (blocage sans doute personnel, car ma collègue d’anglais m’a affirmé que ce n’était pas extrêmement difficile), et j’ai dû m’aider de la traduction.

Nick Carraway, le narrateur, se rend à New York pour travailler dans la finance comme agent de change. Il loue une petite maison à Long Island, zone résidentielle très huppée et snob de la banlieue new-yorkaise. Sa demeure, presque invisible, est située dans West Egg, entre deux énormes et luxueuses villas, dont celle de Jay Gatsby, un mystérieux milliardaire au passé trouble qui organise de somptueuses fêtes…

Ce roman est une pure merveille : il en émane ce qui me fascine tant chez Fitz, une idée du luxe comme un art de vivre, un certain regard sur les riches et les puissants, avec ce drôle de milliardaire (que je n’arrive pas à imaginer autrement que sous les traits de Robert Redford, ce qui n’est pas très gentil pour Leo, mais de fait je n’ai jamais beaucoup fantasmé sur Leo), les fêtes (il y a chez Fitz ce que j’appellerai une poétique de la fête, qu’il décrit merveilleusement et avec un bonheur sensible), le champagne qui coule à flots, les Rolls. Tout le glamour d’un monde en déclin. Splendeur et misère. Rise and fall. L’insouciance n’est que façade : les rires fusent, les robes chatoient  la musique noie les conversations, et pourtant il règne une étrange mélancolie fin de monde. La question centrale ici est celle du passé : peut-on le ressusciter ? Et notamment le passé amoureux ? Gatsby rêve que oui. Affirme que oui. Mais se heurte à la réalité. La vie nous entraîne toujours à la nostalgie, mais le passé demeure inaccessible. Ce roman est profondément triste et désespéré, comme l’était Fitz lui-même (j’en reparlerai samedi), il touche au tragique de l’existence et de l’amour. Mais c’est un magnifique, que dis-je, sublime roman, tissé de symbole, et d’une richesse exaltante !

Gatsby le magnifique
Francis Scott FITZGERALD
Le livre de Poche (édition qui propose en sus la correspondance de Fitz avec son éditeur à l’époque de la publication du roman, et c’est fascinant)

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By Asphodèle

47 comments on “Gatsby le Magnifique, de Francis Scott Fitzgerald

  1. Je vais samedi voir le film et j’ai très hâte !

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  2. Si Gatsby m’est toujours tombé des mains, vous avez parfaitement résumé ce qui en fait un mythe littéraire : ce sont son silence et ses mystères, et toutes ces questions auxquelles Fitzgerald ne répond pas.
    Il est vrai que Redford campe un Gatsby difficile à supplanter, et le mythe cinématographique rejoint le littéraire.

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  3. je l’ai lu il y a à peine deux semaines, et j’ai adoré !

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  4. valmleslivres

    J’ai à la fois envie de l’écouter puisqu’il est sorti en audio et de voir Leo!

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  5. cartonsdemma

    Voilà un des classiques que je n’ai pas encore lu mais l’affiche du film m’a donnée envie d’y remédier

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  6. Gatsby est peut-être magnifique, mais Garbo n'est pas mal non plus

    Je me trompe ou ça ressemble par certains côtés mystérieux et poétiques au Grand Maulnes, le luxe en plus ?

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  7. tu donnes envie de te précipiter sur ce livre séance tenante
    je verrai le film dimanche, ce sera un premier pas et en effet j’ai aussi essayé il y a quelques années la version VO du livre et étant loin d’être bilingue, j’ai renoncé, mais je ferai sans doute comme toi lire en parallèle les deux versions

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  9. Je suis contente de trouver une inconditionnelle !!! 🙂 J’aime quand tu parles de « poésie du luxe » et en plus il détestait l’argent en tant que tel mais adorait ce qu’il permettait de faire…comme beaucoup mais c’est assez rare pour un américain… J’ai rajouté tes 2 liens (Zelda aussi) !!! J’ai enfin un ordi qui marche, yeap !!!

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  10. Une pure merveille en effet. La fin m’avait tellement émue. Quelle s… cette Daisy ! Le nouveau film ne me tente pas du tout. A cause de celle qui joue Daisy.

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  11. J’ai trouvé qu’il n’était pas si simple à lire en français. J’imagine donc ce que ça doit être en version originale…
    Il paraît que le film n’est pas aussi triste et tragique que le roman. Ce serait dommage…

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  12. J’ai attendu très longtemps avant de me lancer. Je l’ai justement ouvert ce matin et j’en savoure chaque page.

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  13. pyrausta

    je vais aller voir le film mais c’est aussi le prétexte pour me lancer dans cet auteur dont j’ai un très lointain souvenir avec Tendre est la nuit.
    Ma fille qui a étudié le livre l’an passé et est allée voir le film a beaucoup aimé, disant que le film était conforme au roman.

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  14. Un de mes romans préférés… Hâte de lire l’adaptation en bande dessinée et d’aller voir le film 🙂
    Je suis ravie qu’il t’ait plu aussi 🙂

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  15. Je pense que je l’avais lu trop jeune, je n’avais pas été emballée… il faudrait que je m’y replonge.

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  16. geraldinecoupsdecoeur

    Dans mes projets aussi, mais je pense que je le verrai au ciné avant !!!

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  17. Je viens de le terminer, et si j’ai aimé l’histoire et l’atmosphère de ce livre, je dois avouer que j’ai eu beaucoup de mal avec le style que j’ai trouvé très ampoulé.

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