Elle lit des romans

La Femme de nos vies de Didier Van Cauwelaert

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On n’attend plus rien de la vie, et soudain tout recommence. Le temps s’arrête, le cœur s’emballe, la passion refait surface et l’urgence efface tout le reste. Il a suffi d’une alerte sur mon ordinateur pour que, dès le lendemain, je me retrouve à six mille kilomètres de chez moi, l’année de mes quatorze ans. L’année où je suis mort. L’année où je suis né.

Il y a un sujet que j’évite habituellement très soigneusement dans mes lectures : celui de la Shoah. Parce que je ne peux pas, parce que c’est anxiogène et que j’en fais des cauchemars affreux et des crises d’angoisse. Le pire c’est qu’en disant ça, je n’exagère même pas. Bref. Mais voilà : lorsque le dernier roman de Didier Van Cauwelaert est sorti sur cette période, mon instinct m’a dit que sisisi, je pouvais avoir confiance, je n’y laisserais aucune plume émotionnelle. En plus, l’auteur est passé à La Grande Librairie, il n’en fallait pas plus pour achever de me convaincre, si besoin était.

Il faut dire que Didier Van Cauwelaert et moi, c’est une longue histoire de plus de vingt ans. La première fois j’étais en troisième, je furetais au CDI à la recherche de lectures à me mettre sous la dent, ce fut Vingt ans et des poussières, son premier roman (comme le hasard fait bien les choses, n’est-ce pas ?). Coup de foudre. Dans la foulée j’ai lu à peu près tout ce qu’il avait publié, et à chaque nouvelle parution je me procurais religieusement l’ouvrage le jour de sa sortie, émerveillée à chaque fois, et ce pendant plusieurs années. Après, j’ai un peu ralenti car certains romans m’avaient un peu déçue, et là j’ai eu à nouveau le déclic (après avoir lu La Maison des Lumières au début du blog, cependant). Notons également qu’une amie de ma maman a fait ses études de lettres avec lui à Nice, et qu’une de mes connaissances a fait sa thèse sur son oeuvre. Voilà pour le lien entre cet auteur et moi. C’était important de le préciser !

Lorsque débute le roman, le professeur David Rosfeld, suite à une alerte internet, se rend au chevet d’une vieille dame qu’il n’a pas revue depuis de longues années ; c’est là qu’il fait la connaissance de Marianne, la petite fille de la mourante, qui ne connaît pas sa grand-mère mais lui voue une haine farouche, la prenant pour une meurtrière nazie, puisque c’est ce que l’histoire a retenu d’elle. David va alors lui révéler la vraie histoire, celle qu’il est le seul à connaître. En 1941, David s’appelle alors Jurgen Bolt. À 14 ans, il est garçon de ferme, proche des animaux et incompris des humains. Sa famille le livre aux mains des médecins nazis, moyennant une prime d’État. Interné à l’Hôpital d’Hadamar, il est destiné à être l’un des premiers individus envoyés dans les chambres à gaz. Mais avec lui se trouve David Rosfeld, jeune surdoué repéré pour être sauvé et envoyé dans une école pour surdoués. Mais David ne veut pas, et il lui confie son identité et meurt à sa place. Jurgen devenu David est alors pris en charge par Ilsa…

Encore une fois, la magie de conteur de Didier Van Cauwelaert opère. La situation de départ, propice à faire un roman poignant, lui permet aussi de faire naître une fable malgré tout pleine d’optimisme et d’humour, grâce au personnage de David/Jurgen, extrêmement attachant et sympathique. Le romancier fait le choix d’une narration originale : il s’agit d’un récit rétrospectif à la première personne, mais qui a ceci de particulier qu’il s’adresse à Marianne, qui est là, à qui le narrateur pose des questions et parfois répond, mais dont on n’entend jamais les paroles : une sorte de dialogue à une seule voix, si l’on veut. Une histoire forte, basée sur des faits réels, à travers laquelle on reconnaît les thèmes fort de l’auteur : l’identité, le double, la recherche d’une rédemption, la reconstruction de soi, et puis bien sûr, et surtout, l’amour, qui apparaît toujours comme essentiel, au centre de tout. Ce dont il s’agit ici, c’est de rechercher une trace d’amour dans le monde à travers ses pires horreurs, et elle existe, cette trace.

Un roman magnifique donc, à la fois léger et profond, tissé de symboles et de fantaisie, génialement écrit, une belle leçon de vie ! Un coup de coeur !

La Femme de nos vies
Didier VAN CAUWELAERT
Albin Michel, 2013

34 comments on “La Femme de nos vies de Didier Van Cauwelaert

  1. Tu donnes envie de découvrir cet auteur (et non, je n’ai encore rien lu de lui, inaccepatble!!).

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  2. Un auteur à découvrir pour moi !

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  3. Je n’ai pas spécialement accroché à tous les écrits de cet auteur mais note celui-ci, tu as l’air de dire qu’il est différent et bien mené 🙂

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  4. J’ai lu ton billet en digonal car je veux garder le plaisir de la découverte mais j’ai hâte de le commencer !

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  5. Je n’ai lu que les témoins de la mariée de cet auteur et si ma lecture a été agréable, ce n’était pour autant pas un coup de coeur, mais tu as l’air de dire que tous ses romans ne se valent pas. J’ai lu beaucoup de livre sur la shoah l’année dernière, peut être trop, j’avais besoin de livre plus léger, mais celui ci à l’air très bien, pourquoi pas?

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  6. Je note vu ton enthousiasme, même si m dernière rencontre avec la plume de cet auteur s’est plutôt mal passée (avec sa série jeunesse Thomas Drimm).

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  7. valmleslivres

    Je n’ai jamais lu cet auteur moi non plus.

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  8. Pouf encore un dans ma LAL!

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  9. Tiens, je l’ai reçu justement… J’espère que le coup de coeur sera partagé.

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  10. je l’ai !!!!!

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  11. geraldinecoupsdecoeur

    Oui ! Mais quand j’aurais lu les deux autres bouquins de lui qui prennent la poussiere dans ma PAL.

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  12. Je l’ai englouti en moins de 2 jours ! Verdict…? J’ai A-DO-RE ! 😉

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  13. Adoré aussi ! Billet demain ! 😀

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  14. Ping : La femme de nos vies, Didier van Cauwelaert | Bric à Book

  15. Vous êtes toutes complètement conquise, je crois que c’est là l’occasion idéale pour découvrir enfin cet auteur !!

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  16. (ta photo de présentation du livre est vraiment très belle )

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  17. je viens de le lire, billet dans quelques jours. Moins enthousiaste que toi, j’ai trouvé ça cousu de fil blanc…

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  18. geraldinecoupsdecoeur

    Et voilà, mon billet est rédigé ! Parution jeudi !

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  19. Ping : Le Principe de Pauline, de Didier van Cauwelaert | Cultur'elle

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