Cartographie du corps

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En me plongeant dans la Chronique d’hiver de Paul Auster, je découvre ce passage magnifique sur les cicatrices.

« Tu y penses rarement, mais chaque fois que tu le fais, tu comprends qu’il s’agit de marques de vie, que cet assortiment de lignes brisées, gravées sur ton visage, sont les lettres d’un alphabet secret qui raconte l’histoire de la personne que tu es, car chaque cicatrice est la trace d’une blessure guérie, et chaque blessure a été provoquée par une collision inattendue avec le monde ».

Je me prends à rêver de ces traces inscrites sur notre corps et qui le rendent différent, unique, un peu peut-être une cartographie intime de notre âme. Je répertorie les miennes.

Une tache de naissance sur le mollet gauche.

Une multitude de grains de beautés, innombrables, qui forment comme des constellations. Je me demande parfois quel dessin on découvrirait si on reliait entre eux ces points.

Un nez un peu cabossé, sans doute depuis ma naissance, et que je n’ai jamais voulu faire refaire.

Un bleu, toujours, quelque part, jamais au même endroit, signe d’une rencontre violente avec un objet contondant, souvent le coin de ma table basse. Mon corps marque facilement mais les marques s’effacent.

Quelques rides au coin des yeux.

Pas de tatouage, et seulement les oreilles percées.

Mais pas de cicatrices, pas vraiment. Aucune opération, aucun accident ne sont heureusement venus s’inscrire sur mon corps. Juste deux petites lignes blanches apparaissent l’été lorsque mon corps dore. La première, à la naissance de la poitrine. Je tenais le chat dans mes bras, le chat a eu peur. Je n’en reviens pas que ce soit toujours là, car ce n’était vraiment pas profond. L’autre est plus amusante. J’ai 15 ans. C’est l’été. Une bataille d’eau, avec des brocs en fer de cantine. Je cours, je fuis, je tombe, mon poursuivant trébuche sur moi, me faisant une estafilade au coin de l’œil gauche qui est resté au beurre noir un bon moment. Là non plus je ne m’explique pas que cette marque soit restée, même si légèrement que je crois être la seule à la voir.

Non, pas de cicatrices sur mon corps. Sans doute parce que les blessures les plus profondes que j’ai subies ont été faites à mon âme, et que c’est elle qui est recousue de partout, en gardant des traces indélébiles…

11 réponses sur « Cartographie du corps »

  1. Lilibook

    C’est très joli !!! tout à fait d’accord pour les grains de beauté, je me suis toujours posée cette question « et si on reliait les grains de beauté par des traits, cela donnerait quoi ? » c’est amusant…
    Des marques également pour ma part… une cicatrice… la loi de la vie….le passage du temps…

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  2. geraldinecoupsdecoeur

    Très beau billet. Quelques cicatrices sur mon corps extérieur, mais tellement minimes par rapport à l’intérieur, coeur et cerveau.

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