Elle lit des textes biographiques et autobiographiques

Lou, histoire d’une femme libre de Françoise Giroud

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Des milliers de lignes ont été écrites au sujet de Lou Andreas-Salomé. Cette femme, née en 1861 à Saint-Petersbourg, n’avait aucun titre à la célébrité, malgré une oeuvre assez abondante en langue allemande qui lui valut en son temps la notoriété.
Mais elle a traversé durablement le chemin de trois hommes devenus illustres : Nietzsche, Rainer Maria Rilke, Sigmund Freud. Brelan flamboyant qui l’a en quelque sorte tirée vers le ciel où brillent les étoiles.

Françoise Giroud est à la mode actuellement, avec la sortie simultanée de son autobiographie cachée, qui s’intitule également Histoire d’une femme libre, et la biographie que lui consacre Alix de Saint-André, Garde tes larmes pour plus tard, les deux chez Gallimard. Pour ma part, j’ai eu envie, on ne sait pourquoi, de me replonger dans ce texte que j’avais lu à sa sortie, le dernier publié de son vivant, et qui appartient à la série qu’elle a consacrée aux femmes d’exceptions qui se cachent souvent derrière les grands hommes.

Malgré une oeuvre abondante, Lou Andreas-Salomé est en effet surtout connue pour avoir traversé la vie de trois hommes illustres : Nietzsche, Rilke et Freud. Plus qu’une biographie, Françoise Giroud propose ici une interprétation différente et personnelle de cette femme — une femme qui est avant tout une grande intellectuelle, mais aussi une redoutable séductrice et une femme libre, à une époque qui ne le permettait pas vraiment.

Ce texte, à la fois très informé, nourri de références, et léger, accessible, se lit finalement comme un roman, dans lequel l’auteure n’hésite pas à intervenir directement pour faire part de son avis, souvent tranché. La soeur de Nietzsche ? « une pure salope ! ». Lou ? « Elle m’agace […] quand elle joue les saintes femmes ». Il en ressort un portrait vivant d’une femme fascinante, en avance sur son époque de par son caractère indépendant. Et le moins fascinant n’est pas son statut de séductrice paradoxale : pendant longtemps, elle refuse de toutes ses forces toute relation charnelle avec les hommes (qui, pourtant, sont attirés comme des papillons), préférant des relations purement intellectuelles : l’union de deux esprits, voilà tout ce qu’elle veut. A ce rejet de la sexualité masculine, Françoise Giroud propose d’ailleurs une explication, peut-être un peu facile, dont on n’aura jamais de preuve, mais enfin une explication tout de même cohérente. Pourtant, l’oeuvre de Lou est traversée d’une profonde réflexion sur cette sexualité, allant jusqu’à affirmer que « être une femme et accepter le destin à dominante érotique de la femme, c’est en même temps se priver de tout ce dont un écrivain est capable par ailleurs ». Ce qui est finalement cohérent avec son choix : tenant à sa liberté et son indépendance, elle refuse le destin érotique de la femme, on pourrait presque aller jusqu’à dire qu’elle refuse d’être femme. Jusqu’au bout ? Non. On ne sait qui de Rilke ou de Zemek obtient de Lou ce qu’elle n’avait jamais concédé à aucun homme, mais toujours est-il qu’à un moment, la vierge chasseresse devient Aphrodite — et se rattrape de ses années de chasteté en multipliant les amants, souvent beaucoup plus jeunes qu’elle. Encore une fois en avance sur son temps, Lou devient une cougar.

Mais les hommes ne font pas tout, car Lou Andreas-Salomé, c’est surtout une intellectuelle aux opinions un peu étranges, parfois. Elle est obsédée par Dieu et la religion. Elle devient psychanalyste sur le tard, et une grande psychanalyste. Mais le plus effrayant, c’est sa pensée du féminin. On aurait pu croire Lou farouchement féministe, et de fait, non. Elle ne comprend pas le féminisme, et propose une réflexion assez paradoxale pour une intellectuelle sur le destin de la femme, une théorie selon laquelle, explique Françoise Giroud, « la femme ne doit pas se lancer avec le même sérieux que l’homme dans un travail littéraire ; celui-ci a toujours une importance marginale dans sa vie et ne saurait être pour elle un acte majeur d’expression de soi, car c’est ailleurs qu’elle exprime son moi ».

Paradoxale et incohérente, flamboyante, finalement assez peu sympathique, Lou est à l’occasion comparée à George Sand, comme elle une « femme libre », ce qui n’est autre finalement qu’un art d’être soi.

Lou, Histoire d’une femme libre
Françoise GIROUD
Fayard, 2002

2 comments on “Lou, histoire d’une femme libre de Françoise Giroud

  1. Comme tu le dis si bien « assez peu sympathique » ! Je me suis « farci » une biop trèèès complquée l’an dernier et au final, bof ! Si ce n’est qu’elle a eu une attitude « bizarre » sous le régime d’Hitler, je crois que tout a été dit sur elle ! 🙂

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