Elle lit des romans

Délivre-moi de J. Kenner

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Avec six ans de plus, il est tout simplement superbe. L’impétuosité de la jeunesse a laissé place à une assurance d’homme mûr. Il est Jason, Hercule, Persée ! Il est si fort, si beau, si héroïque que le sang des dieux coule forcément dans ses veines. Sinon, comment expliquer la présence parmi nous d’un être aussi parfait ? Son visage est un ensemble harmonieux de lignes et d’angles sculptés par l’ombre et la lumière, lui conférant une beauté tout à la fois classique et très spéciale. Ses cheveux d’ébène absorbent complètement la lumière, comme les ailes d’un corbeau, mais ils n’en ont pas l’aspect lisse. En fait, il est un peu ébouriffé : on dirait qu’il vient de passer la journée en mer…

Si je devais faire une nouvelle thèse, je la ferais sur la romance érotique, genre qui s’épanouit allègrement en ce moment, chaque éditeur proposant la sienne. Et comme ils m’envoient tous aimablement leur oeuvre, j’ai la matière pour définir mon corpus. Enfin bref : après le navrant Fifty Shades of Grey, à l’origine du phénomène mais ne cassant pas trois pattes à un canard (au point que je me suis arrêtée au tome 1), l’émoustillant Dévoile-moi dont le tome 2 sort bientôt, et le croustillant 80 notes de jaunesvoici Délivre-moi…

Dans ce roman, une godichette de 24 ans, cachant de lourds secrets tombe amoureuse d’un sulfureux milliardaire manipulateur et dominateur.

Non, je ne vais pas m’embêter à faire un résumé plus détaillé alors que l’auteur n’a pas pris la peine de proposer une idée originale. Nihil novi sub sole…

Dire que ce roman ne m’a pas satisfaite est un euphémisme. Alors, il ne viendrait pas après tous les autres sus-cités, peut-être aurait-il eu droit à un regard plus bienveillant de ma part, mais là, comme on dit, il ne faut pas abuser. Mêmes ingrédients, même recette : une héroïne cruchette qui cache un passé difficile et douloureux, un personnage masculin ombrageux, pervers, obsédé par le contrôle et doté d’un sex-appeal renversant, évidemment entre les deux une attirance irrépressible, des scènes de sexe particulièrement convenues il faut bien le dire, et beaucoup de fric pour lier la sauce (j’y reviendrai). Toujours la même chose donc, ad nauseam. Ajoutons un cruel manque de crédibilité au niveau de la psychologie des personnages et une absence totale de réalisme sauf à doter Damien Stark des pouvoirs magiques d’Harry Potter. On obtient alors un roman fade, qui ne parvient même pas à éviter l’écueil de la vulgarité.

Mais tout cela n’est pas le plus gênant. Car, après tout, c’est un peu le genre qui veut ça, la répétition des clichés et des schémas préétablis, et quand c’est bien fait, ça passe.

Non, ce qui m’a vraiment gênée dans ce roman, c’est la question du fric. Les héros des autres romans du genre en ont aussi beaucoup, et ce n’est donc pas la richesse de Damien Stark en elle-même qui m’a gênée. Ce qui m’a gênée, c’est la manière dont il utilise cette richesse. Ici, il y a, réellement, un personnage masculin qui achète les faveurs d’une femme, ni plus ni moins, et une greluche qui accepte. Il lui offre un Monet (Money ?) alors qu’ils se connaissent à peine, et elle accepte ça comme s’il était allé acheter une photo de chatons au marché aux puces (je ne suis pas contre qu’on m’offre un Monet, encore que je préfèrerais un Delacroix, mais enfin tout de même) ; un bracelet de chevilles à breloques précieuses se matérialise devant sa porte, et ça ne l’émeut pas, notre jeune fille (je ne suis pas contre qu’on m’offre un bracelet à breloques précieuses, mais enfin tout de même). Mais le pire : Stark lui propose un million de dollars pour poser nue (là d’accord) mais surtout être à sa disposition pendant une semaine, et ça ne la dérange pas : ben oui aussi, tous ces sous, ça va bien l’aider pour monter sa boîte (je ne suis pas contre qu’on m’offre un million de dollars mais ça dépend pour quoi faire tout de même). Alors je ne sais pas vous, mais moi j’appelle ça juste de la prostitution, et c’est sordide. Et pitoyable.

Délivre-moi
J. KENNER
Michel Lafon, 2013

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By Stephie, grande prêtresse de l’érotisme

18 comments on “Délivre-moi de J. Kenner

  1. Pas tentée le moins du monde ! Sage conseil que de publier ce billet et de m’éviter ça !

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  2. Excellent ce billet ! Ben moi aujourd’hui j’ai lu Dévoile-moi et je me dis que j’aurais peut-être pas dû…

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  3. Encore une godiche de 24 ans avec de lourds secrets qui tombe amoureuse d’un sulfureux milliardaire manipulateur et dominateur…? C’est que ça devient lassant à la longue… Si en plus c’est pitoyable, je me barre en courant !

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  4. J’aime te lire, parfois tu es la cause principale de mon découvert quand je lis tes critiques élogieuses, et parfois tu m’évites de faire de grosses bêtises livresques en me ruinant en achetant des daubes ! Tu es merveilleuse 😉

    Ceci étant dit, la couverture fait peur…

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  5. Ah, les livres mettant en scène des maquereaux et leurs dernières « acquisitions »… NON MERCI !

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  6. on se rejoint sur le coup de la prostitution déguisée, c’est affligeant de bêtise… Et l’achat du Monet, en effet…

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  7. tequiladrenaline

    Je n’ai pas encore du tout tenté le mommy porn mais pour le moment je reste sur ton conseil de 80 notes de jaunes ! 😉

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  8. Ahah j’aimerais trop lire un de tes articles sous forme de « thèse » sur la romance érotique grand public 😉

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  9. Merci pour billet (tu m’as fais mourir de rire par moment) … moi non plus, pas encore passé au mummy porn et après la lecture de ton billet pas plus tentée que ça !! Le livre est écrit par une femme ? Il n’y a que l’initiale ?

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