Elle se fait des films

Le Patient anglais

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Nous mourrons, nous mourrons, nous mourrons riches de nos amants, de nos familles, des saveurs que nous avons goûtées, des corps que nous avons étreints et explorés comme des rivières, des peurs où nous nous sommes réfugiés… je veux que tout cela soit inscrit sur mon corps… nous sommes les vrais pays et non pas ces frontières tracées sur des cartes portant le nom d’hommes puissants. Je sais que tu viendras et que tu m’emporteras dans le ballet des vents. Tout ce que je voulais c’était me promener dans ces lieux avec toi, avec tes amis, dans un monde sans cartes, la lampe s’est éteinte et maintenant j’écris dans le noir… 

Ce film est sans doute l’un des plus beaux que je connaisse, et certainement l’un de ceux qui m’ont fait verser le plus de larmes. Je pleure au début, je pleure au milieu, je pleure à la fin, à chaque fois, et dimanche soir, je n’ai pas dérogé à cette règles en le regardant à nouveau…

1944, en pleine Seconde Guerre mondiale, un avion est abattu au-dessus du Sahara. Des bédouins recueillent le pilote, grièvement brûlé, commencent à le soigner, et le confient aux troupes Alliées. Comme l’avion était anglais, ils prennent le pilote pour un britannique, et l’emmènent avec eux en Toscane. Hana, une infirmière canadienne, s’occupe des blessés, notamment de cet étrange « patient anglais ». Épuisée et désespérée elle décide de s’installer seule avec lui dans un petit monastère toscan déserté, afin de l’aider à vivre ses derniers jours le plus confortablement possible. Elle lui fait alors la lecture du livre qu’il avait avec lui et qui semble son bien le plus précieux, un livre d’Hérodote. Ce livre, qui contient de nombreux documents personnels, déclenche de soudaines et nombreuses réminiscences dans l’esprit du blessé. Juste avant le début de la guerre, aux alentours du Caire, le comte László Almásy, un explorateur hongrois fait la rencontre Clifton. Almasy ne tarde pas à s’intéresser de près à Katherine, même s’il essaie de le cacher…

Tout est magnifique dans ce film. Dès les premières images, le chant envoûtant, le pinceau qui dessine les hommes qui nagent, on est emporté ailleurs, dans les dunes brûlantes du Sahara. La photographie est impeccable, lumineuse, servant à merveille les paysages tant africains que toscans et c’est peu de dire que le chef opérateur (John Seale, le même que La Cité des anges notammentmérite l’Oscar qu’il a obtenu pour ce film. Film aux nombreuses récompenses d’ailleurs : meilleur film, meilleure actrice dans un second rôle (Binoche), meilleur réalisateur entre autres. Et c’est mérité. Certains lui reprochent sa lenteur, l’impression qu’il ne se passe rien. Alors oui, c’est lent, mais c’est de l’émotion pure, servie par une impeccable construction narrative alternant le passé et le présent qui se mêlent en nombreux fondus enchaînés. Les acteurs sont absolument parfaits : Juliette Binoche (Oscar et BAFTA de la meilleure actrice dans un second rôle, donc) est parfaitement juste et touchante. Kristin Scott Thomas (nominée aux Oscars et aux BAFTA) est lumineuse, empreinte de grâce et de majesté tout en laissant transparaître la passion. Quant à Ralph Fiennes (nominé aux oscars et aux BAFTA)… c’est depuis très longtemps un de mes acteurs préférés (il arrive à me toucher même dans le rôle de l’affreux Amon Göeth de La Liste de Schindler ou de l’affreux Voldemort de Harry Potter) et il est juste parfait, à la fois beau et inquiétant (son regard !!!!!), torturé et passionné.

Mais ce film n’est pas seulement un mélodrame racontant une histoire d’amour tragique. Le contexte de guerre permet aussi une réflexion sur la trahison. A un moment Laszlo dit que la trahison en tant de guerre est enfantillage par rapport à la trahison en tant de paix. Trahison en tant de paix, l’adultère. Katherine trahit son mari, c’est vrai. Mais au final c’est la guerre qui induit la trahison ultime, posant la question du choix et de la culpabilité. Jusqu’où sommes-nous prêts à aller pour sauver la personne aimée ? Peut-on condamner des centaines d’individus pour en sauver un, mais qui nous est plus précieux que l’air que nous respirons. Pour Laszlo, cela devient : trahir Katherine, qu’il a promis de revenir chercher, ou trahir les alliés, à qui il n’a rien promis finalement et qui non contents de ne pas l’aider, tentent de l’enfermer ? Ce n’est sans doute pas moral, et certainement pas héroïque, mais le choix de Laszlo serait sans doute le mien…

Un film délicat, tout en poésie, qui saura sans doute toucher les âmes sensibles…

The English Patient/Le Patient anglais
Anthony Minghella
D’après le roman The English Patient/L’homme flambé de Michael Ondaatje
1996

16 comments on “Le Patient anglais

  1. Je l’ai revu aussi: quel film!

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  2. J’ai failli le regarder l’autre soir. Zut !!!!

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  3. Encore jamais vu !

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  4. Il faudrait que je le voie… j’ai lu le livre il y a quelques années et j’avais été très déçue (et n’en garde aucun souvenir)… le film me réconciliera peut-être avec cette histoire ! 🙂

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  5. J’adore ton billet et le film! Rien que de revoir les scènes j’ai les larmes qui me montent aux yeux. Je vais l’acheter pour le montrer à mon homme en espérant qu’il l’aime aussi! Merci de m’avoir donné une fois de plus l’envie de le visionner. Au passage je suis fan de ton blog, très original. Bye

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  6. Je signale un excellent livre d’entretriens entre l’auteur du livre adapté là, et Murch, monteur du film.

    Le film est chouette mais je n’aime pas Juliette Bidoche.

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  7. Oh, j’ai découvert ce film le soir dernier et je l’ai adoré… Je le connaissais depuis sa sortie, mais je n’avais jamais sauté le pas, je pensais qu’il était chiant à mourir alors je n’ai jamais pris la peine de le regarder. Et puis l’autre soir, finalement, il n’y avait rien d’autre à la télé et… Et il m’a bluffé ! Très très beau film et très bons acteurs. J’ai notamment beaucoup aimé le rôle de Juliette Binoche.

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  8. Ping : The Reader, de Stephen Daldry | Cultur'elle

  9. abdcherif91@hotmail.fr

    Je l’ai regardé a peu près 35 fois et je le regarderai encore avec ma petite amie…

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  10. Ping : Les films qui font pleurer | Cultur'elle

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