Elle regarde la télé

ça balance à Paris

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Je n’avais jamais vu cette émission. Il faut dire que pendant très longtemps (avant d’investir dans un écran plat), je n’ai pas eu accès aux chaînes de la TNT et donc pas à Paris Première. Il s’agit donc d’une chaîne que je n’ai absolument pas le réflexe de regarder, ce qui est bien dommage car elle propose des émissions plutôt intéressantes. En l’occurrence, le défi était ici, en outre, de regarder Eric Naulleau (surnommé « prof » par moi-même) sans avoir envie de jeter un truc sur ma télé (qui m’a coûté relativement cher, donc ce serait dommage). Nous verrons plus loin si j’y suis parvenue.

Le principe est donc de faire une revue de l’actualité culturelle au sens large, et c’est plutôt réussi. L’émission est éclectique, plutôt rythmée et variée : de la littérature, du théâtre, des expositions, de la musique, une revue de presse des petites phrases assassines de la semaine qui est assez drôle, et surtout un moment dédié aux coups de coeurs des chroniqueurs, que j’apprécie beaucoup parce que je préfère quand les gens me disent ce qu’ils ont aimé plutôt que ce qu’ils n’ont pas aimé. Les analyses sont en général plutôt fines, les avis sont argumentés et développés, sans horreurs gratuites histoire de faire un bon mot. Comme ils ont tous préparé l’émission, ils connaissent le sujet, ce qui permet un vrai débat vif et intéressant et une confrontation des points de vue enrichissante — ceci ne devant pas masquer une disparité entre les chroniqueurs, certains étant vraiment très biens, d’autres ayant tendance à s’écouter parler. Mais enfin, au final, le seul défaut de l’émission serait de donner plein d’envies, faciles à satisfaire lorsqu’il s’agit d’un livre (Le Roman du mariage d’Eugenides a ainsi rejoint ma PAL dès le lendemain), plus difficiles lorsqu’il s’agit d’un spectacle et que l’on n’habite pas à Paris. Je trouve aussi, s’il faut chipoter, que l’on passe un peu trop rapidement sur chaque sujet. Le plateau n’est pas non plus très très convivial.

Passons au cas Naulleau. A ma très grande surprise, sans revenir totalement sur ma position, je l’ai plutôt apprécié, le trouvant relativement sobre, moins donneur de leçon et moins gratuitement méchant que ce dont j’avais l’habitude. J’en ai donc conclu que ce qui était franchement détestable chez Naulleau, c’était quand même Zemmour (« grincheux »), ce qui confirme ma théorie selon laquelle certaines personnes font vraiment ressortir ce qu’il y a de pire en nous. Après, je trouve ses présentations un peu froides, presque cliniques, ses transitions sont un peu empruntées, on le sent encore un peu mal à l’aise dans le costume, et il manque cruellement du charme d’un Busnel ou du vrai mordant d’un Ardisson. Reste qu’il est ici tolérable, et qu’il ne m’empêchera donc pas de continuer à voir l’émission.

A noter que la semaine dernière avait lieu une « spéciale » pour laquelle les chroniqueurs habituels étaient remplacés par des hommes et femmes politiques. Et là, j’ai envie de dire plus jamais. L’idée de départ était pourtant bien trouvée, mais j’ai détesté. Etait-ce le choix même des politiques en question ? Possible. Toujours est-il que lorsque j’ai allumé mon poste (je regarde la rediffusion du samedi et je suis rarement opérationnelle à l’heure exacte), Chantal Jouanno était en train de descendre en flamme Je vais mieux de Foenkinos et que forcément, entendre dire du mal d’un roman que j’ai adoré par quelqu’un pour qui je n’ai que très peu de considération (c’est le problème des politiques et du mélange des genres : comment apprécier la pertinence d’un avis non-politique émanant de quelqu’un dont les idées politiques font qu’on n’est jamais d’accord avec lui, et dont la vision du monde diffère donc totalement de la nôtre ? Vaste débat, je ne me remercie pas d’avoir posé la question), ça ne m’a pas beaucoup plu. Par la suite, Clémentine Autin s’est attaquée à Bruckner, dans un discours avoisinant le degré zéro de l’argumentation et confondant allègrement fiction et réalité, accusant l’auteur des défauts de son personnage et le personnage des défauts de son auteur. Je veux bien que le problème soit épineux et sujet à caution et à débat, mais tout de même, il me semble qu’il y a un minimum. Donc j’ai trouvé que ces gens n’étaient pas à leur place pour parler de culture. Non pas qu’ils n’avaient pas la légitimité pour le faire à la base (car après tout les blogs montrent bien qu’il n’est pas nécessaire d’avoir fait des études de lettres pour parler de littérature), mais tout simplement parce qu’ils n’en étaient pas capables, eux. 

Bref, pour conclure : une vraie bonne émission culturelle, à une heure raisonnable en rediffusion, variée, éclectique, dynamique, assez accessible, dont je pense devenir une fidèle !

17 comments on “ça balance à Paris

  1. Je regarde cette émission depuis très longtemps, je crois depuis sa création quand c’était Michel Field qui officiait, ensuite il y eut Ruquier (beaucoup moins bien) puis Lescure (plutôt pas mal) et maintenant Naulleau que pour ma part j’apprécie beaucoup. J’aime comme tu le dis le ton et les échanges mais c’est vrai que la qualité de l’émission dépend aussi beaucoup des chroniqueurs dans la mesure où ils changent chaque semaine. J’ai mes chouchous et mes bêtes noires 😉 !

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  2. blogclara

    Je n’ai que la chaines TNT..et je ne regarde pas souvent la télé.

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  3. Je la regardais il y a longtemps, je ne savais même pas qu’elle continuait encore, il faudra que je regarde où et à quand !

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  4. souslesgalets

    Je découvre ton blog via Alex, et j’aime bien l’ambiance en général et ce billet en particulier, c’est drôle je suis retombée samedi dernier sur « ça balance à Paris » que je n’avais plus regardé depuis LEscure et le coup de coeur d’une chroniqueuse a rejoint aussi ma liste directement. Belle journée à toi

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