Dévoile-moi

Je regrettai instantanément ma décision. La conscience aiguë de sa présence déclencha en moi un irrépressible frisson. Dans cet espace clos, son énergie, son magnétisme étaient si palpables que ma respiration et les battements de mon coeur s’affolèrent. Je me mis à me dandiner sur place. J’étais de nouveau la proie de cette inexplicable attraction, comme si mon corps répondait instinctivement à un ordre silencieux qui émanait de lui.

Voici le dernier phénomène qui agite la planète éditoriale : la trilogie Crossfire de Sylvia Day. Le premier tome est sorti jeudi en France, et le deuxième caracole en tête du classement du New York Times, loin devant deux autres phénomènes : Une place à prendre de J. K. Rowlings et les deux dernier tomes de la trilogie Fifty ShadesNe reculant devant rien pour satisfaire la curiosité de mon public (et la mienne, puisque comme vous le voyez aucun phénomène ne m’échappe), je me suis lancée dans la lecture de ce volume.

Eva, la narratrice, vient d’emménager à New-York, pour travailler comme assistante dans une prometteuse agence de pub, et ce même si les relations de son milliardaire de beau-père, un magnat de l’industrie, auraient pu lui permettre mieux. C’est là, au Crossfire Building, alors qu’elle était venue pour repérer le chemin entre chez elle et son bureau, qu’elle entre en collision avec un dieu vivant, la virilité faite homme, le mâle dans toute sa splendeur. Monsieur Noir-Danger. Gideon Cross. Entre les deux, l’attraction est immédiate. Primaire. Animale. Irrésistible. Incontrôlable.

Alors, je n’irai pas par quatre chemins : j’ai littéralement dévoré ce roman. Ma seule réserve concerne le prénom du personnage, qui me fait penser à Gédéon le canard : côté érotisme, on a vu mieux (mais ce n’est pas la faute de l’auteur : je ne suis pas sûre que Gédéon soit connu outre-Atlantique). Sinon, il est absolument parfait. Le mâle à l’état brut. Grand, fort, exsudant la testostérone, scandaleusement beau, luxueusement atourné, indécemment riche. Arrogant, puissant, autoritaire, sûr de lui, dominateur. Il ne s’embarrasse pas de tournage autour du pot pour faire part de ses intentions à la narratrice, son désir est brut, sans fard, pourrait même paraître grossier s’il n’était pas si excitant. Evidemment, fort généreusement pourvu par Dame Nature. Mais sombre et farouche, jaloux et possessif. Et face à lui, on a Eva. Et là où on attend, comme d’habitude, une espèce de godiche éthérée, on trouve un personnage finalement assez complexe. Alors déjà, je sais grâce à l’auteur de nous épargner l’éternel cliché de la virginité qui obsède la littérature puritaine anglo-saxonne, qui commence je l’avoue à me fatiguer franchement, d’autant que ça rend totalement peu crédible les scènes de cabrioles qui suivent. Non, ici, nous avons une héroïne qui a de l’expérience, connaît son corps, sait ce qu’elle aime et comment donner du plaisir à un homme. Mais elle est aussi amusante et sympathique, indépendante et vive, plutôt indépendante, et au fur et à mesure que le roman avance et que l’on découvre le lourd secret qu’elle cache, on ne peut qu’admirer son courage.

Et c’est là, je trouve, que Sylvia Day fait la différence : il ne s’agit pas ici de simple gaudriole. Les deux personnages, plutôt bien assortis du coup, forment un couple intéressant, ils sont capables d’une vraie légèreté et d’une grande tendresse au-delà de leur tendance à se sauter dessus toutes les cinq minutes, ce qu’ils font sans une once de perversion mais dans une dynamique à la fois passionnée et ludique. Et je trouve que le roman, à certains égards et toutes proportions gardées bien sûr, atteint une certaine profondeur. Il s’agit d’une véritable histoire d’amour. Et l’amour rend les scènes érotiques d’autant plus troublantes et intéressantes. D’autant que, malgré tout, c’est assez finement observé d’un point de vue psychologique, dans la mesure où si rapports de domination il y a, ils ne se déploient pas dans une caricaturale relation sado-masochiste, et restent circonscrits à l’intime : on voit bien ici qu’une femme peut être indépendante, avoir son caractère, et pourtant aimer que l’autre prenne le contrôle. Et puis, il y a aussi l’idée qu’un couple, ce n’est pas toujours facile d’emblée, que ça se construit, qu’il faut trouver ses marques, son équilibre, se trouver soi-même tout en trouvant l’autre. Et c’est d’autant plus difficile lorsque les deux sont éclopés, habités par un passé douloureux et violent qui les tourmente, les mène à agir différemment mais de manière finalement totalement complémentaire : il y a quelque chose de très fort dans ce lien un peu désespéré qu’ils tissent l’un avec l’autre.

Bon, je me rends compte que je glose et que je n’ai pas abordé, quand même, ce qui intéresse nombre de curieux : les scènes d’action. Alors oui, il y en a, beaucoup, plutôt bien menées et efficaces je trouve, qui de mon point de vue atteignent leur but et disent bien la réalité du désir et du plaisir féminin.

Alors, soyons clairs que ce n’est pas pour autant le chef-d’oeuvre du genre. Ce n’est pas trop mal écrit mais par contre il reste beaucoup de clichés et de remarques parfois un peu ridicules. Mais ça reste d’un bon niveau.

Enfin, pour terminer, je vais m’agacer un peu concernant ce concept de mummy porn, sorti d’on ne sait où et qui me fait l’effet de réinventer la roue. Qu’on le traduise par « porno pour mère » ou « porno pour ménagères », je trouve cette appellation, au-delà de ses connotations affreusement sexistes (et venant de moi qui suis peu encline à voir du sexisme partout, ça veut tout dire), tout simplement erronée. D’abord parce que ce n’est pas du porno. Ensuite, surtout, parce que n’étant ni mère ni ménagère, je ne sais pas trop ou me situer, étant entendu que je ne suis pas, non plus, un homme.

Sinon, Neph aussi est devenue accro à Gidéon !

Dévoile-moi

Sylvia DAY

J’ai Lu, 2012

15 réponses sur « Dévoile-moi »

  1. geraldinecoupsdecoeur

    Je l’ai reçu « par erreur » ce livre, Clara ayant reçu celui qui m’était destiné. Il n’empêche que tu me donnes bien envie de le lire tout de même. Et il n’empêche qu’en gourmandise, je suis la prem’s. Vrai de vrai, entre mes deux comm, je me suis enfilé le fameux paquet de mikado, faute de mieux…

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  2. Neph

    Aaaaah, une autre admiratrice de Gideon ! (Du coup, j’ai lu le deux en anglais (les vacances sont faites pour cela !) et je trouve que les scènes « d’action » manquent…)

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  3. Faby-fée

    J’ai lu j’ai adoré et je trouve la critique très juste.
    Ce livre classé dans le genre « porno » est injuste.
    Je lis beaucoup et ce genre de scènes se retrouve dans tas d’autres histoires qui ne sont pas classées « porno » ! Pourquoi celui-ci l’est-il ?

    Vivement la suite.

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