Elle se fait des films

La Cérémonie

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Jeudi matin, j’ai emmené mes loustics voir La Cérémonie de Claude Chabrol, dans le cadre de la programmation « Lycéens au cinéma ». Un film que j’avais déjà vu il y a pas mal de temps mais que j’ai redécouvert avec plaisir, sur grand écran cette fois, et qui m’a pas mal fait réfléchir. En fait, jeudi après-midi nous avons fait un brainstorming sur la séance, et les élèves avaient repéré beaucoup de choses intéressantes, et la discussion, peu cadrée il faut bien le dire, a été très riche.

Sophie Bonhomme est engagée comme bonne à tout faire chez les Lelièvre, famille recomposée de riches bourgeois passionnés d’opéra et de lecture, vivant dans un magnifique château un peu à l’écart du village. Très vite, elle se lie d’amitié avec Jeanne, la postière, qui sera l’élément perturbateur dans l’organisation hiérarchisée qui s’établit entre Sophie et ses patrons. Entre folie et lutte des classes, tous les éléments de la tragédie sont en place.

Le film est inspiré d’un roman de Ruth Rendell, Analphabète, lui même inspiré d’un fait divers qui a marqué les esprits : celui des soeurs Papin (qui a aussi servi de toile de fond à la pièce de Genet Les Bonnes). Quand on sait cela, le suspens n’est pas insoutenable : on sait que ça va très mal finir. Si on ne le sait pas, la musique présente au début du film ne laisse guère de doute non plus. En tout cas, c’est un film très riche, qui exploite à la fois la thématique chère à Chabrol, puisqu’elle traverse toute son oeuvre, du mal comme état naturel de l’homme qui revient toujours de manière cyclique, et celle, plus étonnante, de la lutte des classes. Car il s’agit bien, dans une certaine mesure, d’un crime de classe : l’espace, codifié, explose peu à peu. Et puis, surtout, il y a cette question de la culture : les Lelièvre ont une riche bibliothèque, dans laquelle Sophie ne pénètre pas lorsque sa patronne lui fait visiter la maison, et on comprend très vite pourquoi : elle ne sait pas lire (alors que Jeanne, elle, aime ça) ; les Lelièvre ont une télévision neuve, sur laquelle ils regardent l’opéra, vêtus de leurs tenues de soirée ; Sophie, elle, à qui on a donné le vieux poste, est hypnotisée par les images qu’elle ingère sans aucune sélection. Tout est là, et pour moi il est moins question d’argent finalement que de richesse intellectuelle. Mais évidemment, cette question se double de celle de la folie latente des deux femmes, Sophie (Sandrine Bonnaire, dont je ne suis du reste pas une grande adepte) et Jeanne (extraordinnaire Isabelle Huppert), qui explose lorsqu’elles se rencontrent et se trouvent. Plusieurs fois, on a l’impression d’ailleurs qu’il s’agit presque d’une histoire d’amour naissante, car elles constituent un vrai couple, l’une entraînant l’autre sur le chemin de la barbarie.

Bref, c’est un très beau film, un vrai classique, que je vous conseille vraiment si vous ne l’avez jamais vu !

 

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