Elle se réfléchit dans le miroir

De la critique littéraire comme récit de voyage

Sans titre

L’autre jour, je m’interrogeais sur la critique littéraire, et plus précisément sur ce que j’en attendais. Pourquoi, par exemple, je ne tiens que très peu compte des avis des critiques professionnels, même si je les lis ? Pourquoi ils sont incapables, la plupart du temps, de me faire désirer un livre ?

Alors, j’ai repensé à cette formule d’Anatole France, que j’avais trouvée dans lEloge de la critique de Jaqueline Razgonnikoff et que j’avais mise en exergue. Et je me suis rendu compte que tout était dit par cet auteur dont pourtant je n’apprécie pas la prose. La critique littéraire, c’est un récit de voyage : le voyage d’une âme, d’une personnalité, d’une pensée, à travers une oeuvre.

Voilà pourquoi je n’aime pas les critiques soi-disant « objectives ». D’abord, parce que je doute de toute façon que cela existe : la seule objectivité possible est celle de l’expérimentation scientifique ; lorsqu’on parle d’art, on ne peut être que subjectif, et l’objectivité n’est qu’un déguisement derrière lequel se cache le sentiment. Aimer, ne pas aimer, ce mystère ne peut se résoudre par une équation.

Et du reste, je me moque un peu des données objectives. Si je lis un récit de voyage (ce que je ne fais plus, d’ailleurs : j’ai frôlé l’indigestion avec ma thèse), je n’attends pas que l’auteur me dise combien mesure la Grande Pyramide ; ce qui m’intéresse, c’est ce qu’il a ressenti, lui, en la voyant. Et si lire, c’est voyager, alors, ce que je demande au critique, ce n’est pas de me dire qu’il y a beaucoup de métaphores, mais de me révéler ce qu’il a ressenti, si l’ouvrage l’a touché, a fait écho en lui, l’a fait vibrer, l’a remué, l’a questionné, l’a fait grandir, réfléchir, mûrir, changer. Ou bien l’a agacé, ennuyé, révolté, peiné…

Oui, je voudrais plus de je dans la critique littéraire, non au sens grammatical mais au sens ontologique. Et je crois que c’est, malgré tous les reproches dont ils sont la cible, cette subjectivité qui fait la grande force des blogs. Parce que nous, blogueurs, n’avons pas peur de livrer aussi une part de nous-même lorsque nous parlons d’un ouvrage !

 

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