Elle se réfléchit dans le miroir

La littérature doit-elle faire mal ?

Sans titre

Dans son édito du numéro de rentrée du magasine LIRE, François Busnel écrit : « La littérature, la bonne, est là pour déranger. Jamais pour consoler. ». (LIRE, septembre 2012).

(Vous commenterez et éventuellement discuterez cette affirmation en vous appuyant sur votre propre expérience de lecteur. Vous avez 6 heures)

Ne vous inquiétez pas, je ne vais pas vous faire une dissertation en bonne et due forme, depuis le temps, j’ai un peu perdu la main. Néanmoins, j’avais envie de parler de cette phrase, car j’avoue qu’elle me pose quelques soucis. Pour tout dire, je la trouve un peu trop péremptoire pour être honnête. Moi j’aime bien les nuances.

Résumons. Busnel oppose deux choses. Tout d’abord, le présupposé de départ est qu’il existe une bonne et une mauvaise littérature. Soit. Il faut donc trouver un facteur discriminant, qui nous permettra de dire que tel livre est de la bonne littérature, et tel autre, non. Habituellement, le facteur du style est largement utilisé, mais Busnel l’évacue au profit d’un autre, qui engage le lecteur : celui de l’effet. Le bon livre « dérange », le mauvais « console ». Et là, plusieurs choses me chiffonnent, si je puis dire.

D’abord, le terme de « déranger », qui, au vu du reste de l’article, ressemble fort ici à un synonyme de choquer. En effet, dans cet édito, Busnel évoque (entre autres) le cas Angot. Tout en admettant qu’il est « bizarrement écrit » (euphémisme ? Je trouve personnellement qu’Angot maltraite la langue française, et que Marc Lévy écrit mieux), notre éditorialiste ne tarit pourtant pas d’éloges sur ce roman. Pour ma part, je l’avoue sans complexes : le récit d’une fellation incestueuse dans des toilettes pendant je ne sais plus combien de pages, ça fait plus que me « déranger ».

Le terme « déranger » me dérange. Je préfère celui d’interroger, qui me semble finalement plus juste, plus nuancé, surtout que Busnel écrit quelques lignes plus haut : « le roman est l’arme la plus forte pour dire le monde. Pour le comprendre. Pour l’apprendre aussi. ». Et dit comme ça, je suis beaucoup plus d’accord…

Parce que le vrai problème de cette phrase, pour moi, c’est ce « jamais pour consoler ». Jamais. Vraiment ? Tout écrivain pris en flagrant délit d’optimisme, de gaieté, de joie, serait donc nécessairement un mauvais écrivain ? Tout roman se terminant bien serait un mauvais roman ? Toute poésie (puisque Busnel dit « littérature », n’ayons pas peur d’inclure les autres genres) disant le bonheur d’aimer et d’être aimé, à jeter par-dessus bord ? Hugo et ses Contemplations, recueil écrit pour se « consoler » de la mort de sa fille, à oublier ? et, et, et, inutile de multiplier les exemples, on a compris !

Selon Busnel, la littérature doit déprimer le lecteur au lieu de le consoler. Alors, je me fais cette réflexion quand même : je ne dis pas que je n’apprécie pas la littérature qui va me bousculer. Je suis en train de lire le dernier Olivier Adam, et comme d’habitude, il m’émerveille autant qu’il me déprime. Mais il y a des limites, d’abord (Angot en est une, certains sujets aussi. Disons que le dernier roman d’Angot souffre d’une double limite : celui de son auteur, et celui de son thème). Et puis surtout… vraiment, ce jamais me gêne. J’ai aussi envie que, parfois, souffle un joli vent d’optimisme et de consolation sur mes lectures. Parce que la vraie vie est suffisamment déprimante en elle-même…

 

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  1. Ping : Les Lisières, d’Olivier Adam

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