Elle lit des romans

OSSEX – A l’oued, rien de nouveau

Untitled

Le canon de l’arme était pressé contre mon ventre nu.

J’étais moi-même complètement dévêtue, debout dans la suite nuptiale de l’hôtel La Mamounia de Marrakech, au Maroc. Mes petits pieds mignons s’enfonçaient dans le tapis bleu de haute laine qui couvrait le sol de toute la pièce. Derrière l’arme, il y avait David Anderjanian, une espèce de Viking, un géant blond à la peau hâlée. David est mon chef d’opération à l’O.S.S.E.X., la section féminine de la C.I.A., l’ancien O.S.S.

Moi, je suis Eve Drum, la fille de l’O.S.S.E.X.

« Oh oh Sex », comme disent les petits malins du Service.

Hier, j’incarnais la classe, l’élégance, le raffinement. Aujourd’hui, un peu moins, puisqu’en ce premier mardi du mois, celui où donc tout est permis, j’ai l’honneur de vous parler d’une espèce de curiosité vintage alliant espionnage et érotisme, dont je ne vous dirai pas comment il m’est tombé entre les mains et que vous ne pourrez dénicher que sur le marché de l’occasion, et à prix d’or en plus d’après ce que j’ai compris. Et on ne peut pas dire que ce roman soit très raffiné ni élégant.

Eve Drum est une sorte de James Bond au féminin : agent de l’OSSEX, la section féminine de la CIA (en anglais LUST), c’est une espionne chevronnée aux méthodes un peu particulières, et pour tout dire elle est un peu nymphomane en plus d’être dotée d’un orgueil démesuré. Dans cette aventure (la cinquième de la série, qui date des années 70), elle est à Marrakech (au Maroc, donc, comme vous l’aurez noté), et le plan de son agence est de la vendre comme esclave, afin non seulement de démanteler un réseau de traite des blanches, mais aussi, au passage, de déjouer un complot visant à provoquer la Troisième Guerre mondiale (tant qu’à faire…).

Grâce à une intrigue brillant par son originalité, ce roman parvient, loin des clichés, à emporter le lecteur dans son sillage. Le style, lui aussi, est particulièrement brillant, exploitant à l’occasion des métaphores d’une originalité déconcertante (imaginez un peu, sur plusieurs pages, une métaphore filée où le sexe masculin devient un pistolet : il fallait tout de même le trouver). Vraiment, ce roman m’a tout simplement cueillie, éblouie d’admiration et…

No, I’m kidding. En fait, c’est globalement assez navrant, même si finalement pas autant qu’on pourrait s’y attendre, une fois qu’on a chopé le second degré. Au début, j’ai été pas mal agacée par les jeux de mots, les blagues machistes et bien grasses (« tu es bien équipé avec tes deux canons ! »), les clichés sexistes et racistes et l’intrigue assez téléphonée. J’avais l’impression de lire une sorte de Harlequin pour homme, où les acrobaties en chambre auraient remplacé l’aspect romance. Et de fait, il y a largement de ça : ce tome se vautre avec plaisir dans le fantasme occidental du harem comme lieu de luxure, où les femmes soumises se prêtent à tous les fantasmes débridés de leur seigneur et maître, les cuisses toujours largement écartées (ah ça, la femme soumise, c’est sûr que ça fait envie), se livrant à l’occasion à quelques activités lesbiennes pour corser le tout. Enfin, rien de nouveau sous le soleil donc, pas même une scène de torture qu’il eût été dommage de rater vu le contexte.

Nonobstant, j’ai trouvé le personnage d’Eve Drum assez intéressant. On notera d’ailleurs que l’auteur a donc choisi d’adopter le point de vue d’Eve et d’en faire la narratrice. Parfois, c’est navrant de bêtise, elle ne pense qu’à se faire tirer alors même qu’elle est en danger de mort, saute sur tout ce qui bouge, homme, femme, peu importe (mais elle renonce quand même à l’orang-outan), douze fois de suite, et parvient à l’orgasme en une demi-minute. Mais elle est très drôle et décalée aussi, et c’est ce qui m’a finalement le plus plu. Alors d’abord, je me suis beaucoup amusée des décrochages explicatifs : au beau milieu d’une scène d’action (la plupart du temps sexuelle), la narratrice s’arrête de raconter pour commenter doctement ses pirouettes (cacahuète) comme si on était dans un traité d’érotisme, livrer des données géopolitiques ou commenter les résultats des dernières recherches scientifiques connues sur le haschich. Ce qui a le mérite d’être totalement inattendu et déconcertant. Et puis, elle est presque auto-parodique dans son orgueil démesuré (parfois je ne pouvais m’empêcher de m’adresser à elle pour lui demander si ses chevilles n’étaient pas trop enflées) : disons qu’elle est sûre de l’effet qu’elle produit sur les hommes, qui ont très souvent les yeux ayant l’air de vouloir jaillir de leurs orbites, manquent de se trouver mal, rougissent, et je passe sur les autres manifestations physiques de leur intérêt, vous voyez très bien de quoi je parle. Tout cela la rend parfois un peu agaçante, d’autant qu’en plus d’être une bombe, elle est plutôt intelligente et cultivée, et évidemment courageuse. Et pleine d’humour.

Tout cela nous donne donc un mélange détonnant, parfois affligeant, mais globalement assez drôle et décalé, pas spécialement excitant cependant, en tout cas pour une femme, car comme je l’ai dit, ces ouvrages s’adressent plutôt à un lectorat masculin aux fantasmes peu originaux. Mais c’est une curiosité, n’hésitez pas à jeter un oeil si un jour vous dénichez un des ouvrages de la série…

OSSEX – A l’oued rien de nouveau

 Rod GRAY

Édition et Publications Premières, 1972

64652259 p

By Stephie

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