Jeunesse/Romans

Le Palais de minuit, de Carlos Ruiz Zafón

Elle remit la photo dans le coffre et prit la médaille qu’elle avait fait fondre pour Kylian des années plus tôt, un bijou que celle-ci n’avait jamais porté. Elle était composée de deux cercles d’or, un soleil et une lune, qui s’emboîtaient l’un dans l’autre pour former une seule pièce. Elle appuya sur le centre de la médaille et les deux parties se séparèrent. Aryami enfila chaque moitié sur une chaîne en or ; puis elle glissa une chaîne autour du cou de chacun des enfants.

Ce faisant, elle réfléchissait en silence aux décisions qu’elle devait prendre. Une seule voie paraissait assurer leur survie : les séparer, les éloigner l’un de l’autre, effacer leur passé et cacher leur identité au monde et à eux-mêmes, pour douloureux que cela puisse être. Il n’était pas possible de les garder ensemble sans, tôt ou tard, se trahir.

On va finir par croire que je suis maniaque, à me précipiter comme ça sur les romans de Zafon dès que je les vois en rayon. Et, de fait, je crois que je le suis un peu. En tout cas, dès que ce second volet de sa trilogie (le premier était Le Prince de la brume ) est entré dans ma ligne de mire, je m’en suis emparée (enfin, moyennant finance quand même, je ne l’ai bien sûr pas volé…)

1916. Calcutta. Après une course-poursuite avec des tueurs dans les rues de la ville, un homme dépose deux bébés chez une vieille femme, Aryami Bosé, leur grand-mère, avant de revenir affronter la mort afin de les protéger. Bien vite, la vieille femme décide de séparer les jumeaux, un garçon et une fille, et remet à chacun une médaille, l’une avec un soleil et l’autre avec une lune. Elle garde la petite fille avec elle, et dépose le petit garçon à l’orphelinat. C’est là qu’il grandit et qu’avec six de ses camarades, il fonde la « Chowbar Society », une société secrète dont les membres se sont juré une protection et un soutien inconditionnels, et qui se réunit la nuit dans une vieille bâtisse en ruine pompeusement appelée « le Palais de Minuit ».

Mai 1932. Les jumeaux ont 16 ans. Le temps est venu pour eux d’être réunis, et de connaître leur passé. Pour pouvoir affronter leur destin…

Avant de commencer, je dois confesser une fascination absolue, que je ne peux vous expliquer, pour la question de la gémellité. D’où mon obsession d’ailleurs pour le mythe des âmes jumelles, dont je vous rebats les oreilles à longueur d’articles…

Nonobstant cette fascination qui faisait que d’entrée de jeu ce roman ne pouvait que me passionner, il faut bien avouer que Zafon sait raconter les histoires, et entraîner sur les pas de ses personnages un lecteur haletant, brûlant de connaître la suite des inventions de son imagination totalement débridée. Comment fermer ce roman une fois qu’on l’a ouvert, alors même qu’on se lève tôt le lendemain matin et qu’il est largement l’heure de dormir ? Comment abandonner les héros, ne serait-ce que pour quelques heures ? Et bien, on ne peut pas.

Ce roman fait partie des premières oeuvres de Zafon, qu’il a écrites pour les adolescents : il est donc moins fouillé que L’Ombre du vent et Le Jeu de l’ange, plus proche de Marina, et je sais que certains aiment moins ces ambiances plus fantastiques qu’ésotériques. Personnellement, j’aime tout, d’autant que certains motifs obsessionnels se retrouvent dans tous ces romans, et notamment celui des lieux, qui sont de véritables protagonistes de l’histoire (je suis sûre qu’un jour quelqu’un fera une thèse sur les lieux chez Zafon). Je conseille donc ce roman sans aucune réserve, et vous parlerai sans doute bientôt du troisième volet, également paru, Les Lumières de septembre (je rappelle que les trois ouvrages sont totalement indépendants).

Le Palais de Minuit
Carlos Ruiz ZAFÓN
Robert Laffont, 2012

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