Le sens du bonheur

J’ai beaucoup hésité avant de vous parler de ce livre, tant il m’a profondément agacée. Disons que si je l’avais lu en été avec la fenêtre ouverte, il aurait risqué de se retrouver dehors, violemment éjecté.

De quoi s’agit-il donc ? D’un traité de sagesse, comme vous aurez pu le comprendre grâce au titre. Les chapitres se présentent tous de la même manière : d’abord une réflexion du philosophe sur des sujets divers comme l’amour, la liberté, l’éducation, le bonheur bien entendu, puis des questions des « élèves », souvent sans aucun rapport avec la thématique du chapitre.

Qu’est-ce que je reproche à ce livre ? A peu près tout. Déjà, je reproche au philosophe d’avoir l’art de compliquer les choses simples, de se poser en Socrate mais de ne parvenir au final qu’à couper les cheveux en douze (quatre, ce n’est encore pas suffisant). Je lui reproche également d’être totalement irréaliste. Enfin, je lui reproche certaines prises de positions sur certains sujets.

On peut se demander pourquoi je m’obstine à lire des livres philosophiques alors que presque à chaque fois je suis déçue. Je vous rassure, je me le demande aussi, mais malheureusement je ne peux pas m’empêcher de penser et d’espérer, à chaque fois, que peut-être je trouverai enfin les réponses aux questions que je me pose, et à chaque fois je fais le voeu que le livre que j’ouvre me parlera plus que les précédents, saura faire écho en moi. Malheureusement, donc, ce n’était pas encore celui-là : il m’a au départ plutôt intéressée il faut bien l’avouer, il m’a amenée à réfléchir, mais il ne m’a pas fait grandir, il ne m’a pas améliorée, il ne m’a rien apporté – parce que la vision du monde de l’auteur n’est pas la mienne. Mais peut-être aussi tout simplement parce que je cherche un livre qui n’existe pas, ou, comme je l’ai déjà dit, parce que je suis un cas désespéré inapte à la sagesse.

Nonobstant, je crois que pour le coup je suis assez mal tombée : à côté de certaines choses avec lesquelles j’étais plutôt d’accord, et notamment l’idée que la religion vraie est un cheminement individuel et n’a rien à voir avec les rites et les dogmes, je crois que j’ai rarement lu autant d’inepties, la lecture de cet ouvrage est finalement devenue un pensum, et pourtant j’ai continué bravement, espérant toujours parvenir à une idée qui me ferait évoluer. Làs ! Loin de là. En fait, deux sujets m’ont mise hors de moi. Tout d’abord concernant l’amour : déjà il en parle peu, comme si ce n’était pas important, alors qu’il me semble que lorsqu’on traite du bonheur, le thème de l’amour est tout de même essentiel, et le fait que l’auteur ne le pense pas est ce qui me fait dire que lui et moi n’avons pas la même vision de la vie ; en outre, lorsqu’il en parle, c’est pour nous affirmer doctement que l’amour n’a point d’objet, qu’il est en quelque sorte intransitif ; bon, tout cela me laisse perplexe. Mais admettons, à la limite. Non, ce qui m’a fait rugir de rage, surtout, c’est lorsque l’auteur se mêle de parler de l’enseignement (non pas tel qu’il le pratique, mais bien l’enseignement scolaire, auquel il ne connaît visiblement rien) et qu’il affirme : « Enseigner, à quelque niveau que ce soit, n’est pas un simple métier, un simple travail : c’est une vocation. Comprenez-vous le sens du terme « vocation » ? C’est le fait de se vouer, de se consacrer entièrement à une chose donnée, sans rien exiger en retour ; c’est être comme un moine, un ermite » (c’est quand j’ai lu cette phrase que le livre a failli voler) ; je n’épiloguerai guère sur les raisons pour lesquelles cette phrase m’a mise hors de moi, parce que j’ose espérer qu’il est clair pour tout le monde que non, l’enseignement n’est pas un sacerdoce, que je n’exerce pas ce métier par amour pour l’humanité mais bien pour avoir quelque chose en retour : mon salaire. Non parce que si on commence à considérer qu’entrer dans l’éducation nationale c’est comme entrer en religion, c’est la porte ouverte à toutes les fenêtres.

Bref, j’ai perdu mon temps avec ce livre, je vous conseille donc de passer votre chemin…

Le sens du bonheur

KRISHNAMURTI

Stock, 2006 (Seuil, 2011)

 

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