Romans

Tout ce que j’aimais, de Siri Hustvedt

Chaque fois que je les voyais, j’avais l’impression qu’ils venaient de coucher ensemble ou qu’ils étaient sur le point de le faire, qu’ils ne se quittaient pas des yeux. […] Il me semblait toujours qu’un fil invisible les reliait, tendu presque à se rompre.

Au mois de juin, j’avais été particulièrement touchée par le dernier roman de Siri Hustvedt, Un été sans les hommes, et je m’étais promis de continuer à découvrir ses romans. C’est ainsi que celui-ci, dont le titre m’a évidemment interpellée, a rejoint ma PAL, mais comme il est plutôt imposant, j’ai attendu d’avoir suffisamment de temps à lui consacrer pour m’y plonger, et j’ai eu raison car on peut dire que ce n’est pas un ouvrage qui se lit d’une traite, tant il est riche et émotionnellement difficile.

Leo Hertzberg, le narrateur, est professeur d’histoire de l’art. Ou plutôt était, car c’est vieillissant qu’il se décide à raconter l’histoire qui fait l’objet du roman. A l’époque, il mène une vie paisible avec sa femme Erica, et se lie d’une amitié indefectible avec Bill, un peintre dont il a acheté un tableau. Tous deux s’installent dans des lofts situés dans le même immeuble, et deviennent pères en même temps. La vie s’écoule, une vie de bobos avant l’heure (nous sommes dans les années 70), insouciante et intellectuellement stimulante. Mais un jour, le destin, qui les avait jusque-là plutôt favorisés, bascule irrémédiablement.

J’ai beaucoup aimé ce roman, qui comme le dieu Janus a deux faces – deux phases. Tout d’abord la pemière partie où, pour tout dire, il ne se passe pas vraiment grand chose, mais qui n’en est pas pour autant inintéressante : on se retrouve plongé dans le mythique SoHo des années 70, dans le contexte fascinant des milieux intellectuels et artistiques. Et puis, tout bascule, et le roman devient profondément triste et douloureux, éprouvant même, et déchirant. La richesse vient alors de l’écriture très sensible de Siri Hustvedt, qui lui permet d’aborder avec acuité des thèmes comme le mensonge, les désordres psychiatriques, les liens entre l’artiste et son oeuvre, mais aussi la douleur de perdre tout ce à quoi on tenait. Ce n’est pas, je pense, un roman qui peut laisser indifférent tant sa lecture est émouvante : j’ai retrouvé beaucoup de ce que j’avais aimé dans Un été sans les hommes, mais de manière il me semble plus complexe et fouillée, et notamment cette question de la création artistique, au coeur de l’histoire puisque les personnages principaux, de près ou de loin, sont tous liés à cet univers.

Il est difficile de parler en peu de mots d’un roman aussi riche, il mérite mieux : qu’on le lise, tout simplement.

Tout ce que j’aimais
Siri HUSTVEDT
Actes Sud, 2003 (Babel, 2005)

Une réflexion sur “Tout ce que j’aimais, de Siri Hustvedt

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