Elle aime le théâtre et l'opéra

La nuit de Valognes, d’Eric-Emmanuel Schmitt

Vous verrez, mon amour, au début, le bonheur est aussi fort qu’une douleur, cela déchire tellement qu’on souffre… C’est un coup mortel pour l’orgueil de se savoir autant lié à l’autre… Il faut consentir à aimer.

En ce moment, avec mes Premières, je travaille sur le mythe de Don Juan (oui, je sais, cela n’est pas très original) et évidemment sur la magnifique pièce de Molière . Or en discutant, un de mes collègues m’a rappelé cette pièce de Schmitt, que je n’avais pas encore lue, et je me suis donc précipitée…

Nous sommes au XVIIIème siècle. La duchesse de Vaubricourt a convié chez elle un assemblage assez hétéroclite de femme, afin de mener à bien un projet d’envergure : juger Don Juan, dont elles sont toutes les victimes, et l’obliger à épouser sa dernière conquête, la très jeune Angélique. Le séducteur, contre toute attente, accepte…

Quelle merveille ! J’en suis encore toute retournée ! Il y a tout dans cette pièce : c’est très fin et très drôle, le style est alerte, j’aurais pu tout noter tant les répliques font mouche à chaque fois, c’est à certains moments très grivois, et j’ai franchement ri. Au début. J’ai également été admirative devant la richesse intertextuelle : Molière, mais aussi Da Ponte (avec la référence à l’air du catalogue), Barbey d’Aurévilly, Musset… J’ai aimé voir ici un Don Juan sans âge, incarnant parfaitement le mythe, et en même temps vieillissant et lassé de ses turpitudes. Mais surtout, j’ai été touchée par cette pièce souvent poétique et lyrique, mélancolique, remarquable dans l’analyse des sentiments, où Sganarelle n’est plus un pédant ridicule mais la conscience grave de son maître, et où l’auteur nous offre une scène belle à pleurer avec Angélique, sur le thème de l’amour et du bonheur.

Dans ma chronique sur la pièce de Molière, j’avais écrit que « Don Juan, c’est l’homme qui aime, totalement, mais qui n’arrive pas à trouver l’objet unique qui sera digne de cet amour, et seule la pluralité des femmes peut combler le vide laissé par celle qui lui manque et qu’il cherche désespérément sans la trouver. Dom Juan, c’est la tragédie de l’âme qui ne trouve pas son âme soeur… ». Et bien ici, Schmitt va encore plus loin que moi et nous propose un Don Juan qui non seulement commet l’erreur de chercher l’agapè (l’amour des âmes) dans l’eros (l’amour des corps) et confondait les deux, mais en plus, se trompait carrément d’objet. Ou, plus exactement : sa punition est de rencontrer l’amour parfait qui le comble sous une forme qu’il ne peut pas désirer physiquement.

C’est magistral…

La Nuit de Valognes
Eric-Emmanuel SCHMITT
Actes-Sud, 1991 (Magnard, 2005)

53918172

 By Leiloona

2 comments on “La nuit de Valognes, d’Eric-Emmanuel Schmitt

  1. Que dire, sinon que je confirme ? Néanmoins, j’y ai trouvé quelques lourdeurs, qui font que ce n’est pas ma pièce préférée de cet auteur (mais la deuxième, tout de même).

    J'aime

  2. Ping : L’Élixir d’amour, d’Eric-Emmanuel Schmitt | Cultur'elle

Un petit mot ?

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

%d blogueurs aiment cette page :