Insensé, qui crois que je ne suis pas toi !

« Le moi est haïssable », disait Pascal, fustigeant par ces mots « le sot projet que Montaigne a eu de se peindre ». Et il semble bien que Pascal ait fait des émules, tant on voit de critiques, ici ou là, adressées aux écrivains « narcissiques », ne nous parlant, soit disant, que d’eux.

Nonobstant que je n’aime de toute façon pas Pascal et sa vision janséniste du monde, il se trouve que je suis encore moins d’accord avec sa critique de l’écriture dite autobiographique qu’avec le reste de sa pensée. Je suis même d’avis que cette critique montre une méconnaissance totale, non seulement de la littérature et du processus d’écriture, mais encore de l’âme humaine.

Lorsque nous écrivons, c’est notre âme que nous offrons au lecteur. C’est nous même. Quel que soit ce que nous écrivons, et même s’il ne s’agit pas d’écriture de l’intime. Car aucun écrivain n’est un démiurge capable de créer ex nihilo. Il crée à partir de ce qu’il est, et de ce qu’il connaît. Il y a donc bien du moi dans toute oeuvre, même chez Pascal d’ailleurs. Et, plus encore, je dirais que plus une oeuvre est personnelle, plus elle est susceptible de faire écho chez le lecteur, parce que, comme disait Montaigne, « chaque homme porte la forme entière de l’humaine condition ».

J’en parlais jeudi en évoquant  Un Roman russe : j’aime quand un auteur parle de lui, parce qu’il me parle toujours, d’une manière ou d’une autre, de moi. Parce que finalement, chacun de nous est un être humain, et que toute expérience, l’amour, le doute, le deuil, la perte, la folie, aussi intime et individuelle soit-elle, a aussi une part d’universel.

Mais ce que j’essaie de dire ici, finalement, Hugo l’a dit beaucoup mieux, dans la préface des Contemplations, que je vous invite à lire ou relire et dont chaque écrivain accusé d’être autocentré devrait mettre une citation en exergue pour parer les critiques : « Est-ce donc la vie d’un homme ? Oui, et la vie des autres hommes aussi. Nul de nous n’a l’honneur d’avoir une vie qui soit à lui. Ma vie est la vôtre, votre vie est la mienne, vous vivez ce que je vis : la destinée est une. Prenez-donc ce miroir, et regardez-vous y. On se plaint quelquefois des écrivains qui disent moi. Parlez-nous de nous, leur crie-t-on. Hélas ! quand je vous parle de moi, je vous parle de vous. Comment ne le sentez-vous pas ? Ah ! insensé, qui crois que je ne suis pas toi ! »

 

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