Elle lit des romans

Appelez-moi par mon prénom

bouraoui

J’avais besoin de sentir battre la vie en moi, et ce battement passait par le corps de P. ou par l’idée que je m’en faisais.

Ce roman est à nouveau une découverte que je dois à Lili, qui décidément me connaît bien et qui, se doutant que ce livre me plairait, me l’a offert. Et elle a eu vraiment raison, et je la remercie du fond du coeur !

La narratrice, romancière, est obsédée par l’un de ses lecteurs, P., qu’elle a rencontré quelque temps plus tôt dans une librairie de Lausanne. Il lui a offert à l’occasion un DVD d’un film qu’il a réalisé à partir du journal de la jeune femme, une lettre, et l’adresse de son site internet. A partir de se jour, la narratrice se reconstruit une réalité, à partir de ses rêveries, d’indices trouvés sur le site et de ce qu’elle dit être des signes… et puis, un jour, ils commencent à échanger des mails…

J’ai vraiment été troublée par cette lecture, dans le bon sens du terme évidemment : il est question ici du désir de l’autre, de l’emballement de l’imagination qui précède la concrétisation d’une histoire, et j’ai aimé la manière dont finalement la narratrice ne fantasme pas à vide, car l’objet de son désir ne se dérobe pas. J’ai eu peur un moment qu’il s’agisse d’une histoire d’obsession vouée à l’échec, avec l’enchaînement mécanique qui commence par un certain voyeurisme permis par le net, fait de l’objet du désir un objet de regard à sens unique et induit une libido sciendi poussée à l’extrême : le désir de tout savoir de l’autre. Et finalement, l’autre aimé finit par se construire comme un être de fiction. Mais ici, il s’agit bien d’une véritable histoire d’amour, et le fantasme finit par laisser place à l’échange. Il est aussi question d’écriture, de création littéraire (et je m’amuse beaucoup du nombre de roman qui traitent de cette question que je lis en ce moment sans même le faire exprès). Le style est dense, parfois étouffant même à cause de l’absence de paragraphes, Nina Bouraoui fait un usage assez spécial de l’imparfait, ce qui donne à son texte une impression d’urgence. En tout cas, je l’ai lu en ressentant une certaine urgence, à l’image de la manière dont, je pense, il a été écrit. Et c’est vraiment une lecture que je recommande chaudement !

Je vous encourage à aller lire l’avis de Lili !

Appelez-moi par mon prénom
Nina BOURAOUI
Stock, 2008 (Folio, 2010)

 

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