Elle lit des romans

L'Éternel mari

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Cette femme, la défunte Natalia Vassilievna, l’épouse de « ce Troussotski », il l’avait aimée et avait été son amant, alors que pour ses affaires (et également à cause d’un procès à propos d’un héritage) il était resté à T. toute une année, bien qu’en fait l’affaire n’exigeât pas une aussi longue présence ; la véritable raison était cette liaison. Cette liaison et cet amour avaient eu une telle emprise sur lui, qu’il avait vécu comme en esclavage auprès de Natalia Vassilievna et il aurait pu, sans doute, se résoudre à faire les choses les plus monstrueuses et les plus insensées si le moindre caprice de cette femme l’avait exigé. Ni avant ni après il n’avait rien connu de semblable.

Bon, j’ai raté la fameuse semaine Russe, mais il se trouve que j’avais ramené ce roman de chez mes parents après les vacances de Noël, et j’ai quand même profité du mouvement général pour le relire. Ce roman, je l’avais lu une première fois il y a quelques années, et j’en avais gardé plutôt un bon souvenir, et après avoir essoré mes neurones sur l’Eternel féminin pour ma thèse, je me suis dit que ce serait pas mal de revoir cette théorie de « l’éternel mari » chez Dostoïevski.

L’histoire est assez simple : Veltchaninov, don juan vieillissant et malade des nerfs, est persécuté par un homme portant un chapeau au crêpe noir, indiquant un deuil, qu’il ne cesse de rencontrer à tous les coins de rues, et pour qui il ressent une aversion profonde. Une nuit, cet homme lui rend visite, et il le reconnaît enfin : quelques huit ans auparavant, il l’avait fréquenté pendant un an, lorsqu’il était à T. pour affaires, et ils étaient même amis. Enfin, il était surtout proche de sa femme, Natalia, qui avait poussé son amant à quitter la ville lorsqu’elle s’était crue enceinte, avant de lui annoncer que finalement non, elle ne l’était pas, mais que ce n’était pas la peine de revenir, parce qu’elle en avait rencontré un autre. Seulement voilà : Natalia était bien enceinte, et après sa mort, son mari a retrouvé certaines lettres attestant de son inconstance…

Alors, pour tout dire, je me suis quand même globalement pas mal ennuyée, comme quoi les souvenirs peuvent être trompeurs, ou en tout cas sélectifs : car il y a bien des passages délicieux, qui font tourner les pages avec plaisir, et la théorie de Veltchaninov sur « l’éternel mari » (l’homme qui est fait pour être un mari, qui ne peut concevoir la vie autrement) est fort intéressante. Mais voilà : il ne se passe finalement pas grand chose, et surtout, j’ai trouvé les personnages absolument insupportables, je n’ai pas compris leurs motivations, ni celles de Veltchaninov qui se laisse empoisonner l’existence par un boulet que j’aurais mis dehors à coups de pieds, ni celles de Troussotski, geignard et péniblement stupide. A certains moments j’avais limite l’impression de lire une version XIXème de Marche à l’ombre. Bon, je suis sûre que certains admirateurs de Dostoïevski vont trouver ma comparaison irrévérencieuse et être fâchés (ma petite Anna, si tu passes par là, ferme les yeux), mais bon…

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