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D’autres vies que la mienne, d’Emmanuel Carrère

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Chaque jour depuis six mois, volontairement, j’ai passé quelques heures devant l’ordinateur à écrire ce qui me fait le plus peur au monde : la mort d’un enfant pour ses parents, celle d’une jeune femme pour ses enfants et son mari. La vie m’a fait témoin de ces deux malheurs, coup sur coup, et chargé, c’est du moins ainsi que je l’ai compris, d’en rendre compte. Elle me les a épargnés, je prie pour qu’elle continue. J’ai quelquefois entendu dire que le bonheur s’appréciait rétrospectivement. On pense : je ne m’en rendais pas compte, mais, alors, j’étais heureux. Cela ne vaut pas pour moi. J’ai longtemps été malheureux, et très conscient de l’être ; j’aime aujourd’hui ce qui est mon lot, je n’y ai pas grand mérite tant il est aimable, et ma philosophie tient tout entière dans le mot qu’aurait, le soir du sacre, murmuré madame Letizia, la mère de Napoléon : « Pourvou que ça doure. ».

Cela faisait quelque temps que ce récit m’intriguait, à cause de quelques chroniques que j’avais lues à son sujet, pas toutes positives d’ailleurs, et j’avais l’impression que c’était un livre dont il était difficile de parler, ce qui ne faisait qu’attiser ma curiosité. Aussi, lorsque je suis tombée dessus par hasard en faisant mes courses, je n’ai pas pu (encore une fois) résister à la tentation de satisfaire cette curiosité, et j’ai bien fait.

L’auteur/narrateur est en vacances au Sri Lanka avec sa compagne lorsque a lieu le tristement célèbre tsunami, qui vient tout anéantir. Si lui et les siens, dans l’hôtel en hauteur où ils sont installés, sont épargnés, ce n’est pas le cas d’un couple de jeunes bordelais avec qui ils ont sympathisé, et à qui la vague arrache leur petite fille de quatre ans, Juliette. Peu après leur retour, c’est la soeur d’Hélène, la compagne de l’auteur, qui meurt d’un cancer, à 33 ans, laissant derrière elle un mari et trois petites filles, dont la plus jeune est encore un bébé. Elle aussi s’appelait Juliette. Carrère se sent alors mu par une nécessité, celle de faire de ces deux événements un récit…

Ce que je viens de résumer tant bien que mal ne rend pas totalement justice au récit, car il y a cela, mais bien plus encore, il y a une réflexion assez angoissante sur la maladie et en particulier le cancer, il y a aussi une réflexion sur le surendettement, les sociétés de crédit et la justice… Bref, c’est un livre riche, et qui m’a personnellement bouleversée, dans tous les sens du terme. D’abord parce que c’est un récit très émouvant, d’une grande sensibilité et au fort potentiel lacrymogène, à lire avec la boîte de mouchoirs à côté et de préférence pas lors d’une période de déprime (j’avoue, j’ai beaucoup pleuré). C’est très triste mais en même temps, sans que ce soit paradoxal, c’est plein d’optimisme et de vie. Il est question de mort, mais aussi d’amour, l’amour absolu et rédempteur. Finalement, ce qui est intéressant ici, c’est le cheminement intérieur de l’auteur narrateur (c’est la raison pour laquelle je le classe dans la catégorie biographie) : ces autres vies que la sienne, qu’il raconte, lui permettent de faire face à lui-même et de se trouver. C’est la deuxième raison pour laquelle ce récit m’a bouleversée, car il pousse le lecteur dans ses retranchements et à l’image du narrateur à réfléchir sur lui-même et sur sa vie, sur la vie. Et c’est ce qui fait de ce récit un livre à mon sens indispensable et nécessaire, en tout cas pour moi il l’a été.

Vous pouvez aller lire les avis de Lasardine, Calypso, Djak, Delph et Mango (entre autres)

1 comment on “D’autres vies que la mienne, d’Emmanuel Carrère

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