Passer l’hiver, d’Olivier Adam

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Le ciel était mauve avec des traînées jaunes et roses. Des fois on se souvient de ce genre de chose même si ça ne sert à rien. C’est comme les immeubles en bas, les enseignes, le Stade de France qui brille au loin, ça me reste imprimé comme une photo mais au fond je crois que je n’ai jamais vraiment cru que des gens vivaient là. Je préférerais me souvenir de choses plus importantes comme la couleur des yeux de Léa ou le son de sa voix.

Alors, je ne sais pas si je vais pour ma part passer l’hiver, si je continue à lire des choses tristes comme ça. Je dois être masochiste, je ne vois que ça, parce que malgré la chape de plomb qui se déverse sur moi à chaque fois, je continue vaillamment ma découverte des oeuvres d’Olivier Adam, et le pire, c’est que j’apprécie vraiment. Après deux romans, Vents contraires et Le Coeur régulier, j’ai décidé de poursuivre avec ce petit recueil de nouvelles, bien de saison.

Le recueil nous propose des morceaux de vie de gens banals et ordinaires, qui ont tous en commun d’être au bord du gouffre, envahis par une solitude morale proprement effrayante. Un prof dépressif et alcoolique, marqué par la mort de Pialat. Une infirmière en néo-nat qui se souvient d’une nuit froide et neigeuse. Un chauffeur de taxi qui erre dans la nuit. Une employée de station service qui rend visite à sa mère le soir du réveillon du Nouvel an, avant d’aller travailler. Un homme qui pense à son chien mort alors que la tempête se déchaîne. Un homme qui sort de prison et revient vivre chez ses parents. Une femme seule au bureau le soir du 24 décembre. Un homme qui a le blues du dimanche soir. Une ado qui pense à son père en train de mourir.

Bon, rien que cette liste, qui n’est même pas un résumé, vous permettra de comprendre : tous ces êtres en détresse, ces couples qui se défont, c’est dur. Cela ne fait pas spécialement du bien de se prendre comme ça la détresse humaine dans la figure. C’est, comme je le disais en introduction, un pur plaisir masochiste (que je déconseillerais néanmoins aux vrais dépressifs parce que bon, ils n’ont pas besoin de ça). Masochiste, mais malgré tout, plaisir quand même : l’écriture est incisive, le style parfait, et le mérite de ces nouvelles est de permettre au lecteur de réfléchir à sa propre situation (qui a peu de chances d’être aussi catastrophique que celle des personnages/narrateurs), et finalement, donner un sursaut de vie, la volonté de regarder la vie du bon côté, malgré tout (c’est en tout cas ce que j’ai ressenti). Néanmoins, je crois que je préfère Olivier Adam en romancier qu’en novelliste, parce que ses personnages, malgré leurs défauts, on s’y attache, et une nouvelle, c’est trop court !

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