Elle lit des romans

Toute passion abolie

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Inlassablement, désormais, elle prenait le temps de pénétrer jusqu’au coeur même de sa vie, comme on parcourt l’immensité d’une campagne qui devient ainsi un vaste paysage et non plus une mosaïque de champs, d’années et de jours, pouvant dès lors en saisir l’unicité, en avoir une vue d’ensemble, et peut-être même se rapprocher à son gré d’un des champs, le parcourir en pensée pas à pas, tout en continuant à l’observer de haut, ainsi réintégré dans la totalité des lieux, avec son contour exact dessiné par une haie, et une ouverture permettant de se glisser dans le terrain voisin. Le temps était enfin venu de refermer un à un les cercles de sa vie.

Je dois la découverte de ce petit roman à la fois au hasard et à un certain snobisme. Je ne connaissais pas Vita Sackville-West, mais par contre je bavais depuis leur sortie sur les ouvrages du Livre de Poche illustrés par Christian Lacroix, et j’ai décidé de m’offrir, en premier lieu au moins, tous les romans de cette série limitée que je ne possédais pas déjà dans une autre édition (pour le reste, on verra plus tard…). Et celui-ci faisait donc partie du lot, et je dois dire qu’encore une fois le hasard a très bien fait les choses, car il s’agit d’une véritable petite pépite.

A 94 ans, lord Slane, homme admiré et respecté de tous, vient de mourir. Son épouse Déborah, âgée de 88 ans, se retrouve donc seule. Enfin, seule, pas vraiment, puisque ses enfants (absolument odieux dans leur ensemble) se disputent pour savoir ce qu’ils vont faire de leur mère, et veulent tout décider à sa place. Il faut dire que toute sa vie, on lui a dicté sa conduite. Aussi est-ce à la surprise de tous que pour la première fois de sa vie elle choisit et décide de ce qu’elle doit faire : se retirer à Hampstead, dans une petite maison pour laquelle elle avait eu un coup de coeur trente ans auparavant. Libérée du joug de son mari et de ses enfants, toute passion abolie et tout projet abandonné, elle va alors enfin pouvoir se pencher sur son passé et faire le bilan de sa vie.

Ce livre est un véritable bonheur ! C’est une profonde réflexion sur la condition féminine, où on voit comment une jeune fille a dû faire le sacrifice d’une vie, sans qu’on lui laisse aucun choix, livrée en pâture à son mari, achetée presque, contrainte de renoncer à sa vie personnelle. Déborah rêvait d’être peintre, elle a été épouse et mère. Mais qu’on ne s’y trompe pas, il ne s’agit par pour autant d’une femme qui a été malheureuse, ce serait bien trop simple, car au coeur de se roman se trouve le conflit intérieur entre la femme et l’artiste, mais ce conflit est insoluble : Déborah adorait son mari, elle a adoré être mère, et finalement, elle a été heureuse aussi, et son aliénation était volontaire. Cette plongée au coeur de l’âme d’une femme à la recherche de ce qu’elle a été, s’interrogeant sur son bonheur, sa vie conjugale, ses choix, sa vocation abdiquée, je l’ai trouvée d’une modernité totale, et je ne peux que la conseiller, d’autant que ça se lit assez vite !

Vous pouvez aussi aller voir l’avis d’Anouchka, qui l’a également lu récemment !

3 comments on “Toute passion abolie

  1. J’ai passé un très bon moment aussi avec ce roman diablement féministe !

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  2. Ping : « Toute passion abolie » de Vita Sackville-West « Chaplum’

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