Elle lit des romans

Les vies extraordinaires d’Eugène

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Si plus personne n’en parle, Eugène ne sera plus. C’est ma responsabilité de père de le tenir non pas en vie mais en existence. Il a existé. Il a été là. La preuve, je peux vous en parler. Vous croyez qu’il n’a pas été, ou qu’il a été rien ? Vous vous trompez. Il y aurait beaucoup à dire sur mon fils, mon extraordinaire fils. C’est mon tour de le porter. C’est ma solidarité conjugale, mon autorité parentale. Il faut que je la remplisse de mots, comme la pédiatre a tenté de le remplir de sang. Si je le raconte, je (re)donnerai vie à mon fils, et parole à sa mère. Je veux le croire. Il n’y a rien d’autre en quoi je puisse croire.

On a beaucoup parlé de ce roman sur les blogs depuis la rentrée, et il ne laisse personne indifférent, que ce soit en bien ou en moins bien. Certains trouvent la lecture dure et éprouvante, d’autres sont surtout sensibles à la poésie qui en émane. J’avais de mon côté très envie de le découvrir à mon tour, mais je ne sais pas si j’aurais de moi-même franchi le pas. Mais Calypso, que je remercie, en a fait un livre voyageur, ce qui m’a permis de le lire à mon tour. Cette lecture, je l’ai trouvée moins éprouvante que je l’imaginais, et si j’ai à l’occasion versé quelques larmes, elles furent moins nombreuses que je ne l’avais craint.

Comment survivre à la perte d’un enfant ? Comment arriver à faire le travail du deuil devant une telle injustice ? C’est la question que pose ce roman. Eugène est né trop tôt, beaucoup trop tôt, à six mois de grossesse ; et il est mort trop tôt, au bout d’une semaine, foudroyé par un staphylocoque doré. Et alors que le monde continue à tourner autour d’eux et que tout le monde semble agir comme si Eugène n’avait jamais existé, ses parents tentent, chacun à sa manière, de survivre. Sa maman décide qu’elle ne parlera plus, puisqu’il n’y a plus rien à dire, et passe ses journées à coudre des pantalons de velours rouge, un par année qu’aurait dû vivre son enfant. Le papa, le narrateur, qui est historien, enquête pour retracer exactement chaque minute de la vie de son fils durant cette brève semaine, puis il part en quête de ceux qui auraient été ses camarades de crèche…

Alors, je ne vais pas mentir : c’est un roman dur, qui nous mène aux limites de la folie qui peut s’emparer des parents après une épreuve aussi terrible que celle de perdre un enfant. La réalité semble parfois ne pas avoir de prise sur eux, ils vivent dans leur monde, isolés des autres qui ne comprennent pas, qui ne peuvent pas comprendre. C’est éprouvant, oui, mais j’ai surtout été sensible à la poésie de cet amour absolu qui se dégage au fil des pages. Finalement j’ai eu l’impression qu’il y avait, dans ce roman, plus de vie que de mort, car le deuil se fait, coûte que coûte, même s’il prend des chemins tortueux. Bref, une très belle lecture, intense, dont on ne ressort pas indemne.

Vous pouvez aussi aller voir les avis de Calypso, Noukette, Stephie, Pimprenelle, Val et Mango (entre autres).

3 comments on “Les vies extraordinaires d’Eugène

  1. Je suis étonnée de ne voir aucun commentaire sous ce billet parlant de ce roman qui a été une vraie claque pour moi, qui m’a remuée, fait beaucoup pleurer mais parce que son sujet résonnait en moi violemment. Un roman magnifique qui décrit parfaitement ce que beaucoup taisent ou ne veulent pas voir mais qui malheureusement existe et que beaucoup vivent en silence.

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