Elle est une (vraie) fille Elle lit des contes

La Belle au bois dormant…

Belle au bois

il vit sur un lit, dont les rideaux étaient ouverts de tous côtés, le plus beau spectacle qu’il eût jamais vu : une Princesse qui paraissait avoir quinze ou seize ans, et dont l’éclat resplendissant avait quelque chose de lumineux et de divin. Il s’approcha en tremblant et en admirant, et se mit à genoux auprès d’elle. Alors comme la fin de l’enchantement était venue, la Princesse s’éveilla ; et le regardant avec des yeux plus tendres que la première vue ne semblait le permettre : « Est-ce vous, mon Prince ? lui dit-elle, vous vous êtes bien fait attendre. » (PERRAULT)

Enfin il arriva au donjon et ouvrit la porte du petit galetas ou la Belle était endormie. Elle était là, si jolie qu’il ne pouvait détacher d’elle ses regards, et se baissant il lui donna un baiser. A peine l’eut-il effleurée de son baiser que la Belle au Bois Dormant ouvrit les yeux, se réveilla et le regarda d’un air tout à fait affable. (GRIMM)

Je ne sais pas pourquoi, dimanche soir, l’envie m’a prise de relire les deux versions de ce magnifique conte, pas vraiment pour enfants. A vrai dire, j’avais aussi très envie de revoir le dessin animé de Walt Disney (que je n’ai malheureusement pas trouvé en VOD), qui a une grande importance dans ma vie puisque c’est tout simplement le premier film que j’ai vu au cinéma, alors que je devais avoir environ trois ans. On comprend dès lors, sans doute, l’importance de ce conte dans la constitution de ma psyché et de mon idéal masculin. On peut d’ailleurs dire que c’est bien ce à quoi invite le conte.

La trame générale, tout le monde la connaît : le jour de son baptême, une méchante fée la condamne à mourir piquée par un fuseau, une autre rattrape le sort et transforme la mort en un long sommeil de cent ans. Malgré toutes les précautions, la Belle ne peut échapper à son destin, se pique la main et s’endort pour cent ans, avec tout le reste du château, et au bout de tout ce temps, le Prince charmant vient la réveiller. Chez Perrault, l’histoire ne s’arrête pas là, puisqu’ils se marient, ont des enfants et tout, normal, mais la Belle n’a guère de chance car elle est tombée sur une belle-mère assez peu sympathique qui veut la manger ainsi que ses enfants (comme quoi, les problèmes de belle-mère, ce n’est pas nouveau…).

Personnellement, j’aime mieux la version de Perrault, plus développée, et dont le sens symbolique me semble plus évident. On connaît l’interprétation de Bettelheim dans Psychanalyse des contes de fée : le conte ne fait que mettre en scène les différentes phases de la vie d’une femme, l’enfance, l’adolescence (avec le sang menstruel symbolisé par le fuseau), le repli sur soi et l’attente du prince qui viendra la « réveiller », au sens érotique du terme (relisez la traversée de la forêt, avec les épines et le passage qui « s’ouvre » devant lui…). La morale également : elle est implicite chez Grimm, alors que Perrault la développe. Elle revient finalement à dire que « on ne perd rien pour attendre », à savoir que l’une des vertus essentielles en ce qui concerne l’amour, c’est la patience, et que « souvent de l’Hymen les agréables nœuds, Pour être différés, n’en sont pas moins heureux ».

Pour finir, une dernière version du conte, que j’ai relue récemment : Les Infortunes de la Belle au Bois Dormant d’Anne Rice, où le sens symbolique n’est plus du tout symbolique, puisqu’il s’agit d’une trilogie érotique, où le prince ne fait pas que déposer un baiser sur les lèvres de la Belle, et où son « éducation » se révélera un peu particulière…

Bref, un très joli conte à redécouvrir, qui m’inspire beaucoup en ce moment !

5 comments on “La Belle au bois dormant…

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