Romans

Mrs Dalloway, de Virginia Woolf

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Sous cette écorce, elle était très avertie – elle était bien meilleure juge des caractères que Sally, par exemple, et avec tout ça, c’était la féminité même. Avec ce don, ce don extraordinaire propre aux femmes, de se créer son univers à elle partout où elle se trouvait. Elle entrait dans une pièce, elle se tenait, comme il l’avait vue faire si souvent, dans l’encadrement de la porte, avec plein de gens autour d’elle. Et bien c’était Clarissa qu’on gardait en mémoire. Elle n’avait pourtant rien d’extraordinaire ; elle n’était pas belle, elle n’avait rien d’original, elle ne disait jamais de choses particulièrement spirituelles. Mais elle avait de la présence. Juste, elle était là.

C’est avec plaisir que je me suis replongée dans ce roman, que j’avais déjà lu plusieurs fois lorsque je passais l’agrégation, puisqu’il était au programme de littérature comparée. Et ce qui m’a toujours bouleversée, à savoir que chaque fois qu’on le lit on y découvre des choses nouvelles, s’est confirmé à nouveau.

De fait, il est impossible de résumer ce roman, qui est pour le moins très étrange. Tout ce que l’on peut dire, c’est que l’action se passe en une seule journée, à Londres, journée importante pour Clarissa Dalloway qui donne le soir même une réception mondaine. Et, autour de ce personnage central vont venir graviter d’autres figures, toutes reliées par ce que l’auteur appelait des « grottes », c’est-à-dire que même s’ils ne se connaissent pas, leurs pensées, leur conscience créent des liens entre elles, souvent de manière hallucinatoire.

C’est vraiment un roman étrange donc, qui parle à l’âme plus qu’à la raison. Et quand au début je parlais de me « replonger » dans cette lecture, le mot n’était pas choisi au hasard, car c’est vraiment à une plongée au coeur de l’esprit humain que nous invite l’auteur, grâce au procédé du « stream of consciousness », « flux de conscience » qui crée une véritable empathie entre le lecteur et le personnage. Un esprit pas toujours sain, il faut bien le dire, certaines hallucinations des personnages sont celles de Virginia Woolf elle-même (les oiseaux qui parlent le grec par exemple). Mais cette folie, cette déraison, sont porteuses d’une véritable poésie du monde ; à l’inverse, les psychiatres sont passablement malmenés. Somme toute, il est assez difficile pour moi de parler de ce roman, surtout en l’ayant travaillé en détails, sans en écrire toute une dissertation. Je pourrais encore parler longuement des motifs qui reviennent, le motif de l’eau, le motif floral, et qui donnent une impression de composition musicale. La scansion du temps par les sonneries de Big Ben. Le va-et-vient entre le temps présent et le temps passé, voire une projection dans le futur. Mais je laisse à ceux qui ne l’ont pas encore lu le soin de se faire une idée par eux-mêmes…

Et en prolongement, je vous encourage vivement à voir le film de Stephen Daldry, The Hours, relecture particulièrement stimulante du roman de Virginia Woolf (et adapté lui-même d’un roman de Michael Cunningham, que personnellement j’aime moins).

Mrs Dalloway
Virginia WOOLF

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