Elle lit des romans

Quelques adieux

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Il se dit que La Belle au bois dormant ne devait pas être un conte pour enfants, et que certains sommeils exigeaient l’amour sinon la passion pour prendre fin. Que serait-il advenu si le prince, une fois le baiser exorciseur donné, s’était enfui ? Qu’arrive-t-il lorsqu’on est éveillé, mais laissé seul, absolument seul ?

Il y a quelques temps, j’avais lu Juillet, de la même auteure, et si j’avais été totalement bouleversée par l’histoire, j’avais été gênée par le style, et notamment les tournures québécoises  Aussi, lorsque je suis tombée par hasard sur ce roman, je me suis un peu méfiée : l’histoire m’attirait, mais j’avais peur d’avoir le même problème et de ne pas parvenir à être « ravie ». Et puis j’ai décidé de mettre de côté mes préjugés, et je me suis lancée. Et franchement, il aurait été dommage que je ne le fasse pas.

François est professeur de littérature anglaise à l’université de Québec. La quarantaine, il est marié à Elisabeth, pour son plus grand bonheur. Un bonheur calme, tranquille. Contrairement à son ami Jacques, il n’a jamais été attiré par les jolies étudiantes, ni par les tentations extra-conjugales. La passion, le feu destructeur, ce n’est pas pour lui. Et puis, un jour, Anne surgit. Anne, qui fuit la passion amoureuse, ayant trop peur de s’y perdre : « Elle déteste cette effrénée tapie en elle, cette exaltée qui prend feu, monopolise son espace vital, réclame tout, risque avec démesure ce que elle, Anne, a mis tant de temps à construire : sa neutralité, gage de sa liberté ». Oui, mais voilà, la passion amoureuse, on peut lui résister quelques temps, mais vient toujours un moment où on finit par s’y plonger, totalement. Pour François, c’est une découverte totale : celle qu’il existe deux sortes d’amour, celui qu’il ressent pour Elisabeth, et celui qui le lie à Anne. Et les deux lui sont essentiels, les deux le nourrissent, et aucun des deux ne diminue l’autre, car l’amour est une source intarissable : « François s’apercevait que l’exclusivité d’un sentiment n’était pas nécessairement la preuve d’une grande aptitude à aimer. L’amour était une source génératrice en lui-même et non un lac artificiel immuable qui ne contient que l’eau qu’on y a mise ». Lorsqu’il est avec Anne, il est totalement, entièrement avec Anne, et lorsqu’il est avec Elisabeth, il lui appartient corps et âme. Oui, mais voilà, cela peut-il durer ?

Ce roman a vraiment été pour moi un bonheur de lecture et je me suis totalement laissée transporter, ravir, cueillir par l’histoire. Il y a un virage marquant vers le milieu du roman, sur lequel je ne peux pas en dire plus mais qui est vraiment une trouvaille troublante. Ce qui m’a le plus marquée, ce sont les personnages : chacun d’eux a un rapport très particulier au sentiment amoureux, et ce qui est étrange c’est que, pour ma part, je me suis retrouvée un petit peu en tout le monde.

 

2 comments on “Quelques adieux

  1. Votre conclusion — « … et ce qui est étrange c’est que, pour ma part, je me suis retrouvée un petit peu en tout le monde. » — est tellement juste : ne sommes-nous pas tous, un peu, une mosaïque de la multitude des reflets de la nature humaine. C’est la marque d’une grande écrivaine de susciter ce sentiment en nous.

    Nous vibrons aux grandes œuvres de l’humanité, tout en participant, au quotidien, à sa misère, sa cruauté… alors que la nature poursuit son cours dans une totale indifférence.

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