Les Reines noires

Aimer c’est échanger un secret. Je suis venue pour vous parler de mon royaume des sables, pour parcourir votre palais ; je suis venue en Reine et en amante devant qui vous ploierez le genou. Je ne suis pas la femme interdite mais la Connaissance secrète, et jamais ne redirez mes paroles, jamais ne pourrez retenir mon image peinte. Je suis venue pour vous éprouver par mes énigmes, par ma beauté et l’éclat de mes rires ; pour vous étonner, Roi au faîte des splendeurs, pour faire vaciller votre trône solide. Je suis venue pour vous désarmer, vous dénuder, pour entrer dans vos yeux tout au fond, y descendre radieuse, et dévêtue.

J’avais acheté ce livre lorsque je travaillais sur le mythe de Salomé, et je l’avais lu avec intérêt, même si je n’en avais pas tiré grand chose pour mes recherches. Et l’autre jour, en faisant un peu de tri dans ma bibliothèque, je suis retombée dessus et j’ai eu envie de m’y replonger. Il ne s’agit pas d’un roman, mais de trois nouvelles qui ont en commun d’avoir pour héroïne une de ses figures mythiques féminines qui hantent l’imaginaire masculin : Didon, Salomé, et la Reine de Saba. Je ne surprendrai pas grand monde en m’intéressant aujourd’hui exclusivement à cette dernière.

L’histoire de la Reine de Saba et du Roi Salomon, tout le monde la connaît, sinon je vous renvoie au magnifique roman de Marek Halter sur le sujet, dont je vous parlais il y a quelques temps. Car ici l’histoire n’est pas racontée, elle est poétisée sur le modèle du Cantique des Cantiques. Nous avons donc un Roi et une Reine à la veille de leur séparation, qui se disent leur amour et font l’amour. Alternance de dialogue et de récit donc, où le sens profond de la rencontre émerge peu à peu : l’histoire de deux âmes jumelles, qui se connaissent de toute éternité, se reconnaissent, savent qu’elles doivent se séparer mais savent aussi qu’un jour, dans une autre vie, elles se retrouveront. Il s’agit donc d’une rencontre cosmique, l’union de deux mondes, du paganisme et du monothéisme, du féminin et du masculin. Ici l’amour atteint sa dimension absolue de sacralité : qu’importe la séparation finalement, puisqu’ils savent que l’autre existe et que désormais ils vivent l’un en l’autre : « vous êtes moi désormais ; je vous emporte où je j’aille ».

Bon, je vais être honnête, je ne suis pas certaine que ce texte plaise à tout le monde, donc je dégage toute responsabilité en cas de déception. Le récit est marqué d’une empreinte ésotérique indéniable donc c’est vrai que sa poésie n’est peut -être pas accessible à tout le monde, mais cette lecture m’a enchantée et celles qui me connaissent comprendront aisément pourquoi…

 

Une réponse sur « Les Reines noires »

  1. Ping: Marie-Madeleine, un amour infini « Cultur'elle

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